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mardi 9 août 2011

Algérie:Bons du Trésor américain


Incertitudes sur les placements de l’Algérie


Selon l’analyse boursière que nous a livrée Noureddine Legheliel, analyste auprès de la banque suédoise Carnegie, les bons du Trésor ont même pris très légèrement de la valeur en augmentant de 0,37 point, tandis que les intérêts sont passés de 2,56% vendredi à 2,49% aujourd’hui.

Les Credit Default Swap (CDS), principal indicateur de solvabilité, se sont, de leur côté, stabilisés. Quant à la monnaie américaine, elle semble plutôt bien résister face à l’euro. Le krach des titres obligataires n’a donc pas eu lieu. Cela n’empêche pas l’analyste boursier de lever certaines ambiguïtés à propos de tout ce qui se dit actuellement sur la gestion des réserves de changes.
Les inquiétudes autour d’une éventuelle dévalorisation des placements de l’Algérie à cause d’un glissement du dollar ont d’ailleurs été balayées par le financier, qui a insisté sur le fait que les bons du Trésor acquis depuis 5 ans ont pris 20% de valeur. Ce qui couvre, selon ce spécialiste, largement la perte de change du dollar. Il ajoute qu’il ne faut pas trop se laisser impressionner par les prévisions alarmistes de la presse financière internationale sur la base desquelles «nos économistes évoquent la perte de la valeur de nos placements».
Néanmoins, l’économiste auprès de la Banque mondiale M’hamed Hamidouche ne partage pas totalement cet optimisme. S’il confirme que les titres acquis depuis 2008 ont pris de la valeur, les T-Bonds acquis au début des années 2000 ont subi des pertes du fait de la crise économique mondiale. Il estime également qu’il ne faut pas s’attarder sur les évolutions ponctuelles des cours mais les suivre dans leur globalité, sur une longue période. L’expert auprès de la BM préconise de s’intéresser à «la nature exacte» des placements sur laquelle la Banque d’Algérie entretien le secret le plus absolu. M. Hamidouche fait remarquer dans ce sens qu’il y a différents bons du Trésor.
Ainsi, dans le segment des obligations à coupon zéro qui ouvre droit à une rémunération annuelle en plus de la récupération du capital à échéance, il faut différencier entre les placements à court terme et ceux à moyen et long terme. Il explique ainsi que les placements à court terme sont sujets à de fortes spéculations, contrairement à ceux à moyen et long terme. L’économiste explique aussi que le problème qui se pose avec les bons du Trésor américain est que leur rémunération dépend des conditions du marché. Ainsi, le taux d’intérêt sur les obligations émises en 2001-2002 est passé de 3,5% à 0,75% aujourd’hui, en dessous du taux d’inflation. Ce qui est considéré comme un rendement négatif. Quant à la possibilité de perdre ses réserves de changes, M. Hamidouche minimise le risque, sans toutefois l’exclure.
La Banque d’Algérie entretient l’opacité
M. Hamidouche explique que si la Banque d’Algérie garde les titres qu’elle a acquis jusqu’au terme de l’emprunt, elle pourra récupérer son capital, ce qui semble être le cas aujourd’hui puisque l’Algérie dispose d’immenses liquidités. Cependant, si jamais le pays était confronté à un problème de liquidités et qu’il soit contraint de vendre les bons du Trésor qu’il détient avant terme aux conditions du marché, il expose les réserves de changes au risque de dévaluation. Et c’est là que l’expert interpelle la Banque d’Algérie et l’exhorte à s’expliquer sur de nombreux aspects liés à la nature des placements. Il s’agit en premier lieu de s’interroger à propos de la sensibilité des titres acquis, sachant qu’à une sensibilité de 5%, un titre obligataire perd 5 points de sa valeur sur le marché à chaque fois que le taux d’intérêt augmente d’un point.
L’expert évoque la durabilité, laquelle reflète le délai de retour sur l’investissement des placements effectués. Enfin, M. Hamidouche s’interroge si la Banque d’Algérie a pensé à une stratégie d’immunisation lors de l’achat des obligations. L’opacité entretenue par la Banque d’Algérie autour de toutes les questions qui concernent la gestion des réserves de changes dérange au plus haut point l’économiste.
Il a d’ailleurs considéré que le meilleur modèle de gestion des réserves est celui de la Norvège, lequel se caractérise par sa transparence. Le fonds souverain norvégien est doté d’un comité d’investissement représentant les élus pour prendre les décisions stratégiques. Il publie un rapport annuel pour rendre compte de toutes les opérations engagées et de leur rendement et transmet un compte rendu trimestriel au Parlement.
Cette opacité est également vivement critiquée par Abderrahmane Mebtoul, qui estime que le silence de la Banque d’Algérie alimente bon nombre de supputations. Il rappelle ainsi que si certaines sources donnent la structure des réserves à 45% en dollars, 45% en euros, 5% en yens et 5% en livres sterling, d’autres les donnent à 80% en dollars. Cela a contribué à créer la confusion autour du montant des réserves de changes. Ainsi, quand certaines analyses les estiment à 173,63 milliards de dollars, le bulletin de la Banque d’Algérie pour le mois de juillet donne un différentiel de 13 milliards de dollars sans les réserves en or et de 10,8 milliards de dollars en incluant les réserves en or, estimées 173,6 tonnes.
Les principaux acteurs de la question se sont d’ailleurs écartés eux-mêmes du débat. Du côté de la Banque d’Algérie, on nous répond stoïquement qu’on suit l’évolution de la situation et que si la Banque centrale voit qu’il faut intervenir, elle interviendra. Une affirmation plutôt laconique au vu des enjeux en place. D’ailleurs, le gouverneur de la Banque d’Algérie se refuse à tout commentaire. Une réticence à s’exprimer en tant que premier responsable de l’autorité monétaire qui ne reflète, malheureusement, que la soumission de l’institution financière au bon vouloir du discours politique.
Tandis que le monde entier multiplie les réunions d’urgence pour faire face à la crise, au ministère des Finances, on nous rappelle bien poliment que le ministre est très occupé à suivre les auditions ramadhanesques à El Mouradia. A méditer…

Algérie:Création d’un million d’emploi en six mois



Pourquoi les chiffres du gouvernement sont peu crédibles
Les chiffres annoncés, lundi 8 août, par le gouvernement en matière de création d’emplois sont‑ils crédibles ? Selon un bilan des réalisations économiques et sociales en Algérie, 1,09 million d’emplois ont été créés durant les six premiers mois de l’année 2011. Ce chiffre pose un premier problème : en janvier 2010, l’Office national des statistiques (ONS) dévoilait les résultats d’une enquête sur le chômage en Algérie. Selon les données du CNIS, le taux de chômage était de 10,2 %, soit 1,072 million de chômeurs sur une population active de 10,5 millions de personnes. Un chiffre validé en janvier 2011 par le FMI (lire). Cela voudrait dire que le taux de chômage en Algérie avoisine 0%.

Dans ce contexte, ou les chiffres du CNIS sont faux, ou les données publiées aujourd’hui par le gouvernement sont erronées. Des experts et des chômeurs interrogés par TSA penchent pour la seconde hypothèse. « Avec 1,09 million d’emplois créés en six mois, l’Algérie a créé environ 170 000 emplois par mois. Peu d’économies sont capables d’un tel exploit », explique un économiste qui a requis l’anonymat. « En Algérie, il n'y a pas de statistiques fiables et cela résume tout. Chaque institution a ses propres statistiques », souligne pour sa par le politologue Rachid Tlemçani.

« Pour l'instant, je ne connais pas de nombreuses personnes dans mon entourage qui ont été recrutées. Pour moi c'est un chiffre irréaliste économiquement parlant », indique pour sa part Samir Larabi, porte‑parole du Comité national de la défense des droits des chômeurs. Ce membre fondateur de l'organisation, dont l'une des plus importante revendications est la possibilité pour chaque citoyen d'avoir un poste digne, ajoute sceptique : « la majorité des emplois qui auraient pu être créés sont précaires. C'est le cas des gens qu'on connaît dont certains font partie du comité. Ils ont tous été embauchés dans le cadre de certains dispositifs de pré‑emploi, dont celui d'aide et d'insertion professionnelle (DAIP). Et cela ne règle en rien leur situation ».

Pour cet ancien député qui a requis l’anonymat, « le démarrage effectif du plan quinquennal n'a pas encore eu lieu. Tout est en étude et en projection, il y a du retard. Ils ne veulent pas faire les mêmes erreurs du passé. Et encore, les programmes précédents sont en cours de réception, donc il y aura une destruction de postes d'emploi. Il y a aussi le contexte (grève, rassemblement, marche) qui n'était pas du tout favorable à la création d'emploi ».

L’autre interrogation que suscite la publication des chiffres du gouvernement concerne les actions de recrutement. Recruter un million de personnes en six mois ne passe pas inaperçu à la fois parmi les chômeurs et au sein des entreprises et des administrations qui ont accueilli les nouveaux collaborateurs. Certes, au début de l’année, après les émeutes de janvier, le gouvernement avait demandé aux entreprises publiques et aux administrations de recruter massivement. Mais dans les journaux, les offres d’emplois sont restées rares. Tout comme les concours de recrutement de la fonction publique.

Les entreprises publiques et les administrations qui ont géré depuis le début de l’année de nombreux conflits sociaux ont‑elles les capacités d’absorber un tel nombre de recrutements en si peu de temps ? Qui a mené les entretiens d’embauche ? Qui a géré les concours dans la fonction publique ? Comment les chômeurs recrutés ont‑ils été contactés ou ont‑ils postulé ? Autant d’interrogations qui rendent les chiffres du gouvernement peu crédibles.