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vendredi 12 août 2011

Algerie: Salah Mouhoubi. Economiste, ancien conseiller à la Présidence et membre du CNES



"Le gouvernement doit maîtriser ses chiffres"



L’économiste appelle les pouvoirs publics à revoir leur copie concernant la création de 1 million d’emplois et à mieux maîtriser leurs chiffres. Il rassure par ailleurs que les réserves de changes sont entièrement sécurisées en dépit de la crise boursière mondiale.

- Depuis la dégradation, la semaine dernière,  de la note souveraine de la dette des Etats-Unis, les marchés financiers s’affolent et les pertes sont estimées à des milliards de dollars. Quel risque y a-t-il pour l’ensemble de l’économie mondiale, d’autant que le spectre d’un autre krach plane toujours ?


Cette crise boursière n’est pas spontanée et plusieurs facteurs l’expliquent. Le monde ne s’est d’abord pas remis de la crise financière de 2006-2007 et dans le sillage de cette crise, le monde a vécu une récession économique. Ces deux aspects ont contribué à l’aggravation des déficits publics aux Etats-Unis et à la zone euro. Tous les pays se sont endettés pour faire face à cette crise, et dans la mesure où la croissance économique n’était pas au rendez-vous, leurs endettements se sont aggravés. Un autre paramètre explique la crise actuelle : tout l’Occident vit au-dessus de ses moyens. C’est une crise très profonde et structurelle  qui risque d’avoir un impact négatif sur le monde, particulièrement sur les pays en voie de développement. Ce qui est grave, selon les perspectives d’observateurs très attentifs, c’est la crainte d’une récession économique mondiale. Il y a effectivement risque qu’il y ait une contraction de la demande d’énergie et de matière première, puisque la machine de production tournera au ralenti. Cela se répercutera sur les revenus des pays en voie de développement. Dans le cas particulier des pays producteurs de pétrole, si la demande se contracte, nous allons avoir un fléchissement des prix du baril, sauf si l’OPEP prend des décisions drastiques de réduire considérablement l’offre.  


- Les Etats-Unis sont la locomotive de l’économie mondiale, mais leur dette se chiffre à plus de 14 000 milliards de dollars. N’ y a-t-il pas contradiction ?


Ce pays-là vit au-dessus de ses moyens et développe une politique d’endettement tant sur le plan national qu’international. Il y a aussi l’endettement des ménages américains, cela explique leurs revenus qui demeurent modestes. Au lieu de procéder à des augmentations salariales, les Etats-Unis poussent les ménages à s’endetter. Or, si on augmentait les salaires, ce sont les compétitivités internationales des Etats-Unis qui seront remises en cause. Je dois dire également que la situation des Etats-Unis est permise par le statut particulier du dollar qui leur donne des privilèges. D’ailleurs, la Chine non seulement dénonce cette politique, mais exige aussi la création d’une monnaie internationale pour remplacer le dollar. Et si cette exigence venait à s’appliquer, ce serait une révolution et la Chine aura créé l’aube d’une nouvelle génération. Pour le moment, cela ne sera pas aussi facile pour passer à l’acte. Et si les Etats-Unis viennent à accepter cette nouvelle demande, ce serait une remise en cause de leur leadership. 

- La question qui taraude l’esprit des Agériens est le devenir des réserves de changes placés aux Etats-Unis. Ces placements sont-ils réellement sécurisés ou bien y a-t-il un risque de subir des pertes ?


D’abord je tiens à préciser que nos réserves de changes sont sécurisées. Elles sont placées dans des grandes banques internationales et aucune d’elles ne peut disparaître aussi facilement. Sauf que les taux d’intérêt sont très faibles et c’est le monde entier qui subit cet état de fait. Aujourd’hui, nous pouvons nous interroger sur une partie des réserves de changes sous forme de bons du Trésor américain. Je ne pense pas que cela pose problème pour le moment. Et si l’Algérie venait à demander son remboursement, elle en obtiendrait facilement l’accord. Mais je dois préciser que ce n’est pas dans l’intérêt de notre pays de le faire, il faut attendre et laisser les choses se faire naturellement.    


- Quel serait le meilleur moyen de faire fructifier nos réserves de changes ? Un fonds souverain ne serait-il pas
intéressant ?


Il faut que l’Algérie utilise ses revenus en devises pour assurer son développement. L’existence de réserves de changes répond à plusieurs objectifs. Il est considéré comme matelas de sécurité du pays à la couverture commerciale du dinar. Nous ne pouvons pas changer cette donne d’une manière brutale. La création d’un fonds souverain n’est pas pertinente dans la conjoncture actuelle. La situation boursière montre le contraire. C’est un pari très risqué pour l’Algérie de s’engager sur cette voie. Même si c’est une manière de diversifier sa devise, mais s’il y a un coup dur, nous perdons tout. Je pense que les meilleurs investissements à faire sont chez nous.          


- Notre économie est toujours dépendante des hydrocarbures à plus de 98%. Les prix, qui ont franchi depuis plus d’une année la barre des 100 dollars, pourraient-ils être maintenus dans la conjointure actuelle ?


 Absolument non. C’est un thème récurrent. La diversification de notre économie ne date pas d’aujourd’hui, mais depuis les premières années de l’indépendance. Le président Boumediène appelait sans cesse à l’adoption d’une politique où nous semons du pétrole pour récolter des usines. Malheureusement, nous avons semé beaucoup de pétrole pour ne rien récolter. Sans pétrole, l’Algérie… Il faut s’attendre à des résultats dramatiques. Ce constat est fait depuis de longues années, mais nous n’avons pas l’impression de l’existence d’une véritable stratégie pour réaliser un tel objectif.        


- Les différents plans engagés par le gouvernement pour diversifier l’économie nationale n’ont pas donné les résultats escomptés. Où se situent justement les failles ?


Nous n’avons jamais terminé un programme de développement depuis l’indépendance. Tout est resté inachevé. Chaque équipe qui vient efface tout et recommence. Nous avons connu la crise de l’endettement qui a fait reculer le développement, puis la décennie noire, et actuellement, nous marchons sur une seule jambe en matière de développement. C’est-à-dire nous construisons des infrastructures, mais nous n’avons pas réussi à construire une économie productive. Cela veut dire qu’il faut changer de stratégie. Il faut en effet penser à instaurer la transparence, rendre l’acte d’investir libre, lutter contre la corruption et le gaspillage et surtout encourager les IDE (investissements directs étrangers). Sans les IDE, l’Algérie ne peut pas concevoir une économie. A cela s’ajoute une autre donnée : il faut que l’Algérie arrive à une économie sans subvention. Ceux qui activent dans le marché informel ne payent ni cotisation ni impôt, mais bénéficient de services publics gratuitement au même titre que ceux qui payent régulièrement. C’est injuste et c’est du gaspillage… Cette subvention est antiéconomique, elle se fait sans aucune contrepartie. Il faut engager immédiatement une réflexion sur la manière de mettre fin à ces subventions tous azimuts. C’est un véritable massacre. Il faut également se doter d’une feuille de route pour supprimer toutes ces subventions. Mois je propose qu’on ouvre un débat national, car il ne faudrait pas que cette mesure soit instrumentalisée et utilisée à des fins politiques. Cette suppression de subvention permettra de faire reculer le marché parallèle et incitera les Algériens à travailler et de ne plus compter sur cette vache à lait. Or,  nous ne pouvons pas acheter la paix sociale avec ce type de politique, car un jour nous aurons certainement un retournement de situation où les moyens financiers ne permettront plus le «gaspillage».


- Des chiffres ont été annoncés sur la création des postes d’emploi et la distribution de logements, selon le gouvernement. Beaucoup d’économistes ont affiché leur doute par rapport à leur crédibilité…   


Je n’ai jamais vu dans les pays développés un million d’emplois créés en moins d’une année. Cela relève du miracle économique. Je me pose la question si les pouvoirs publics, lorsqu’ils ont annoncé ces chiffres, ne se sont pas trompés ! En ma qualité d’économiste, je me pose la question sur leur crédibilité. Ils auraient dû dire que sur la période 2010-2014, nous allons créer  3 millions d’emplois, et dans ce même cadre et jusqu’à présent, 1 million d’emplois ont été créés. A ce moment-là, les chiffres peuvent être crédibles. Car tels qu’annoncés, il est difficile d’y croire, surtout que l’appareil productif est en panne. Le seul secteur où l’emploi est créé est le secteur des services de BTPH. Le gouvernement se doit de clarifier ce point, car il y va de la crédibilité du pays. Les pouvoirs publics doivent revoir leur copie et maîtriser leurs chiffres. Nous manquons totalement de vision économique dans notre pays.

Algérie: Après une accalmie de plusieurs semaines


Le phénomène de la "harga" reprend à Annaba
Le retour de harraga
Après une période d’accalmie qui a duré plusieurs semaines, le phénomène d’immigration clandestine vers l’Europe vient de reprendre à Annaba. Lundi dernier, profitant d’un manque de vigilance des garde‑côtes, 20 jeunes harragas, dont une fille, ont réussi à rejoindre les côtes italiennes à bord d’une embarcation légère munie d’un puissant moteur. Les harragas sont partis de la plage "la Caroube". Une fois en Italie, ils ont contacté leurs parents pour les informer de leur arrivée dans de bonnes conditions. Selon nos informations, le même groupe avait tenté une première traversée 48 heures auparavant. Mais ils ont dû reporter leur projet, les garde‑côtes ayant été mis en alerte. Il s’agit de l’une des rares tentatives enregistrées ces dernières semaines dans la wilaya, selon nos sources.

En moyenne, chaque candidat à l’immigration clandestine doit, avant de prendre place à bord de l’embarcation, verser au passeur la somme de 100 000 DA. Bien qu’en activité depuis des années, et malgré le nombre d’embarcations arraisonnées et les nombreux harragas interpellés et présentés devant le procureur de la République, aucun passeur n’a été jusqu’ici inquiété à Annaba ni ailleurs en Algérie. D’où les interrogations suscitées quant aux complicités bien placées dont jouissent les passeurs. Des complicités dénoncées par des familles de jeunes ayant tenté la traversée périlleuse et qui n’ont dès lors plus donné signe de vie.

jeudi 11 août 2011

Algérie: Plus d’un million d’emplois crées en six mois


 l’Algérie a vaincu le chômage..!

Au moment où le monde est en crise, les services du premier ministre algérien, dans un communiqué repris par l’APS, annoncent la création de 1.090.435 emplois durant le premier semestre 2011, soit 181.739 emplois par mois.
Au 30 juin 2011, le taux de chômage en Algérie tendait-il vers zéro ?
Je cite la dépeche APS du lundi 8 août 2011 : « quelques 1 090 435 emplois ont été créés durant le 1er semestre de 2011, indique un bilan des services du Premier ministre ».
Donc, pour le gouvernement, la création d’emplois est ventilée ainsi : dans le cadre du dispositif d’aide à l’insertion professionnelle (DAIP) 489.955 emplois ont été crées, soit 45% du total annoncé. Si l’on inclut la fonction publique avec 41 215 emplois créés, nous obtenons un taux qui approche 50% (exactement 48,73%). Selon le gouvernement, nous avons eu dans les entreprises du pays – inclues les entreprises publiques-, un recrutement de 61.831 personnes ; et si l’on prend uniquement Sonatrach et Sonelgaz 22.183 employés (alors que leurs filiales sont déjà en sureffectifs) ; 34.196 personnes dans l’agriculture et la création de 24.612 postes via les investissements financés par les banques (hors ANSEJ et hors agriculture).
Pour l’ONS et le ministre du travail, le taux de chômage s’établirait à 10,2 % fin 2010, soit une baisse de 1,1 % par rapport à 2008, contre 15 % en 2007. Ainsi en 2010, 1,072 million de personnes sont touchées par le chômage, sur une population active estimée à 10,5 millions de personnes, la population active occupée étant de 9,4 millions de personnes. Cela signifie, en supposant une demande additionnelle e 200.000 emplois durant le premier semestre 2011 (la demande est en principe de 400.000 par an avec une sousestimation de la demande féminine), que nous avons 1.272.000, moins 1.090.435, soit un total de 181.565 chômeurs au 30 juin 2011 !
Ainsi, en l’Algérie, le taux de chômage serait d’environ 1,65%, si l’on suppose que la population active est d’environ 1,1 million à la même période. Contre plus de 20% en Espagne, une moyenne européenne et américaine de plus de 9% et plus de 10% pour certains pays émergents dynamiques. Donc, il n’y a pratiquement plus de chômeurs en Algérie, devenant ainsi le pays miracle le plus développé du monde !
Pourquoi alors toutes ces tensions sociales dans toutes les régions du pays ? Il est absolument nécessaire que nos responsables visitent les wilayas d’Algérie pour vérifier leurs données, car qui n’a pas dans sa famille une ou plusieurs personnes au chômage, y compris des diplômés.
Des données fantaisistes
Ayant à eu à diriger un audit avec une équipe pluridisciplinaire exclusivement algérienne sur l’emploi et les salaires pour le compte des pouvoirs publics entre 2007/2008, je tiens à faire les remarques suivantes qui étaient déjà contenues dans ce rapport(1).
- Il existe une loi économique valable pour tout pays : le taux d’emploi est calculé en fonction du taux de croissance et des structures des taux de productivité. Comment avec un taux de croissance (selon les rapports internationaux) de 3 %, entre 2010/2011, contre une moyenne de moins de 3% entre 2004/2011, peut-on avoir créé autant d’emplois ?
Des calculs précis montrent clairement que sur les 6% de croissance hors hydrocarbures annoncés officiellement, 80% ont été fait par la dépense publique via les hydrocarbures et les entreprises évoluant dans le cadre des valeurs internationales contribuent à moins de 20% du produit intérieur brut. Pour preuve l’Algérie exporte 98 % en hydrocarbures brut et semi-brut et importe plus de 70% de ses besoins.
Toujours dans ce cadre, 70 % de la dépense publique ont été absorbés par les infrastructures, dont le BTPH, alors que le savoir est dévalorisé. Pour preuve le poste “services” est passé de 4 milliards de dollars en 2004 à plus de 11 milliards de dollars entre 2010/2011, avec ce paradoxe que représente la fuite des cerveaux algériens et donc la nécessité d’un recours à l’assistance étrangère.
Après la fin des chantiers en cours, que deviendront ces milliers de travailleurs qui espérent la non chute brutale du cours des hydrocarbures due à la crise mondiale et qui serait dramatique pour l’Algérie ?
Alors se posent plusieurs questions précises :
Quelles sont les réalisations concrètes des agences de l’emploi et de l’ANDI (agence d’investissement) ?
Il ne suffit pas de donner des intentions mais bien les réalisations effectives, en distinguant la part devises et la part dinars, tant des équipements que des entrants, afin de dresser une balance devises prévisionnelle non biaisée, tenant compte de la concurrence internationale donc ouverte, et des accords internationaux que l’Algérie a ratifié en toute souveraineté.
- Quel a été le devenir des projets qui ont bénéficié des avantages financiers; combien ont réussi et combien ont fait faillite ?
Tous ces dossiers déposés par des jeunes à ANSEJ, se concrétiseront-ils par l’émergence d’entrepreneurs dynamiques alors que les entreprises déjà installées souffrent des contraintes d’environnent (bureaucratie, système financier inadapté, foncier, rareté de la main d’œuvre qualifié, etc. ) ?
A-t-on tenu compte des sureffectifs dans les administrations et entreprises publiques, de la productivité du travail en Algérie, qui selon les derniers rapports de l’OCDE est une des plus faibles au niveau du bassin méditerranéen ?
Il s’agit de ventiler les emplois à valeur ajoutée, des emplois non productifs ou faiblement productifs (commerce de détail qui connait une implosion selon le dernier recensement du registre de commerce en 2010), des emplois temporaires qui constituent le plus gros des effectifs, par exemple ceux du type faire et refaire les trottoirs ou désherber les routes.
Quelle est la structuration des effectifs recrutés par niveau de qualification, la ressource humaine étant une richesse bien plus importante que toutes les richesses en hydrocarbures ?
Quelle est la partde l’emploi informel, en distinguant les emplois à valeur ajoutée de ceux de la sphère informelle marchande spéculative dominante qui selon le Ministre du travail, représenterait plus de 25% des emplois totaux ?
Certaines estimations, en corrélation avec la masse monétaire en circulation entre 40% et 65% des segments de produits de première nécessité, évaluent la part de l’emploi informel entre 40 et 50% dans la création d‘emplois. Le taux officiel, redressé par les sureffectifs, les emplois fictifs temporaires, et non tenu compte de l’emploi dans l’informel, fait que le taux de chômage fluctuerait entre 20/25%.
Ouvrir un véritable dialogue sur les perspectives du développement
Grâce à un dialogue soutenu et à un débat serein et sans passion, je crois que le génie algérien, qui évolue favorablement dans d’autres parties du monde, est capable de trouver des solutions au chômage. Il s’agit pourtant de faire un constat sans complaisance pour pouvoir se corriger positivement. L’Algérie est une économie totalement rentière, n’ayant pas encore préparé l’après hydrocarbures alors que sa population passera dans 25/30 ans, de 36 millions à 50 millions et cela sans hydrocarbures.
Le niveau des réserves se calcule en fonction du couple coût intérieur-vecteur prix international des énergies substituables en corrélation avec les mutations mondiales énergétiques et du rythme des exportations et de la consommation intérieure. Aussi invoquer des données qui ne correspondent pas à la réalité, surtout à l’ère d’Internet où le monde est devenu une maison de verre, favorise, tant le divorce Etat/citoyens, que le discrédit de l’Algérie au niveau international.
C’est que corrigés, le taux de chômage et le taux de croissance officiel, sont des taux artificiels irrigués par la rente des hydrocarbures avec des salaires sans contreparties productives pour calmer le front social. Il en est de même pour l’inflation que l’on comprime artificiellement par des subventions généralisées et non ciblées, source de gaspillage et de fuite de produits hors des frontières, avec des impacts mitigés sur le pouvoir d’achat des algériens, faute de mécanismes clairs de régulation avec la dominance de la sphère informelle.
Cela traduit les liens dialectiques entre la logique rentière et l’extension de cette sphère informelle, loin de la nécessité de la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures, mais cela est un autre sujet, qui renvoie à la bonne gouvernance, que j’ai longuement abordé dans d’autres contributions à Algerie-Focus.com.
Professeur Abderrahmane MEBTOUL, éconimiste

Algérie: Eric Pichet. Expert financier


«La baisse du prix du pétrole affectera l’Algérie»

Eric Pichet est un administrateur indépendant de différentes sociétés, il siège au conseil d‘administration de plusieurs fonds internationaux cotés (Hedge Funds notamment), essentiellement à Londres
et à Paris. 

- La dégradation de la note de la dette américaine, du triple «A» au «AA+», a fait chuter les taux sur les Bourses dès leur ouverture lundi matin.
Comment s’explique cet affolement ?

Les marchés ont été pris par surprise par la dégradation de la note américaine, une première depuis la création de Standard & Poor’s (S&p) en 1941. En fait, le compromis signé laborieusement entre le président Obama et le Congrès avait soulagé les marchés financiers qui pensaient que le risque d’une dégradation était écarté à court terme. Toutefois, S&P n’est pas responsable de l’incapacité de la classe politique américaine à trouver un moyen de réduire le déficit public de l’Etat fédéral qui reste aux environs de 10% du PIB.

- Quelles peuvent être les répercussions de cette rétrogradation de la note sur l’économie américaine à court, moyen et à long termes ? Y aura-t-il récession ?

L’impact sur l’économie américaine sera nul ou marginal. La décision de S&P aura en revanche un impact sur les marchés financiers, mais sans doute uniquement à très court terme. La question du risque de récession américaine est un autre débat. A mon sens, la sortie de la crise financière de 2007-2009 sera longue car il faudra que l’économie américaine réduise son endettement global, d’où une sortie de crise lente, comme c’est traditionnellement le cas au sortir des «crises économiques» liées à l’endettement.

- En Europe, quelles sont les hypothèses les plus en vue pour contrer la crise, sachant que la Banque centrale européenne n’a pas fait preuve d’optimisme ?

L’Europe va également connaître une reprise lente. Les Etats du Sud ainsi que la France devront lancer les réformes que les Allemands ont faites au cours des dix dernières années (réforme des retraites et du marché de l’emploi notamment). Ce qui explique aussi leur meilleure compétitivité. La BCE ne pourra de toute manière pas acheter toutes les obligations à émettre des payes du sud de l’Europe…

- Si rien n’est fait pour revenir à une situation dite normale, peut-on craindre l’avènement d’un nouveau krach boursier ?

Je pense que les cours sont déjà très bas, les actions du CAC 40 rapportent près de 5% en moyenne, soit nettement plus que les emprunts d’Etat (3,2%). C’est une situation très rare historiquement et favorable aux actions à moyen terme.

- Est-ce que le monde sera confronté à un nouvel épisode de ralentissement économique ?

Si la récession se confirme aux Etats-Unis, le monde connaîtra un ralentissement, mais les pays émergents vont prendre le relais de la croissance.
Il faut bien distinguer le court terme du moyen/long termes. Le problème principal de l’Inde, de la Chine et du Brésil est actuellement la surchauffe et l’inflation. Un ralentissement de l’économie américaine pourrait donc les aider à réduire les tensions inflationnistes à court terme.

- Et qu’en sera-t-il pour l’Algérie ?

Pour ce qui est de l’Algérie, les tensions inflationnistes sont fortes actuellement du fait de la hausse des salaires accordée ces derniers mois. La dépendance du pays au cours du pétrole aura des conséquences négatives à court terme du fait de la baisse des cours qu’entraîne le ralentissement conjoncturel de l’économie mondiale. A moyen et long termes, il est toutefois clair que les cours du pétrole remonteront car la demande des BRICS et des autres pays émergents va se poursuivre.
 

mercredi 10 août 2011

Algérie:Alors que le débat se concentre sur les bons du Trésor américain



Le mystère reste entier sur le sort de nos réserves de change
Où est placé l’argent de l’Algérie ? Depuis quelques jours, suite à la dégradation de la note souveraine des États‑Unis par l’agence de notation S&P, le débat en Algérie se concentre sur les placements algériens en bons du Trésor américain. Mais malgré les critiques et les inquiétudes concernant les avoirs algériens placés dans ce type de produits, le gouvernement et la Banque d’Algérie continuent d’observer le silence.

Pourtant, les experts sont unanimes : les bons du Trésor, malgré une dégradation de la note de la dette américaine, ne sont pas risqués. Certes, ces placements sont réalisés à perte, vu que les taux d’intérêts sont inférieurs à l’inflation. Cependant, cette situation n’est pas nouvelle. Cela fait plusieurs mois que le rendement réel des bons américains est négatif. Mais les sommes placées par l’Algérie seront intégralement récupérées à l’échéance des emprunts.

Pourquoi donc le gouvernement observe‑t‑il un silence inexpliqué alors que la situation semble lui être favorable ? En réalité, la situation  pourrait être beaucoup plus inquiétante. Selon un document du Trésor américain, à la fin mai 2011, l’ensemble des avoirs de quinze pays pétroliers placés en bons du Trésor américain s’élevait à seulement  229,8 milliards de dollars. Ces pays sont l’Algérie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Libye, le Qatar, l’Irak, Oman, le Koweït, l’Iraq, l’Iran, Bahreïn, le Venezuela, l’Équateur, le Nigéria et le Gabon. La part de chaque pays n’a pas été précisée dans le document. Mais au mieux, elle s’élèverait à quelques dizaines de milliards de dollars. On peut donc en déduire que l’Algérie n’a pas pu placer plus d’un tiers de ses 173,6 milliards de dollars de réserves de change en bons du Trésor, soit environ 50 à 60 milliards de dollars dans le meilleur des cas.


D’importantes sommes placées dans des banques étrangères ?

Où se trouvent alors plus de 100 milliards de dollars qui constituent la différence entre les réserves de change et le montant placé en bons du Trésor américain ? Contrairement à des pays comme le Qatar ou les Émirats arabes unis, l’Algérie ne possède pas de fonds souverain. Elle n’a donc pas investi sur les marchés actions. Karim Djoudi, ministre des Finances, l’a d’ailleurs répété à plusieurs reprises : le marché actions est jugé trop risqué pour y placer une partie des réserves de change du pays. L’Algérie n’a pas non plus procédé à l’achat d’or pour renforcer ses réserves.

Selon des experts interrogés par TSA, il reste une dernière hypothèse : une bonne partie de nos réserves de change est placée dans des banques et des fonds d’investissements. Une opacité totale entoure ces placements et leur gestion. On sait seulement, par exemple, que Sonatrach a placé au moins deux milliards de dollars dans le fonds d’investissements américain Russel via la société Rayan Investment.

Or, les placements dans les banques et les fonds d’investissements sont nettement plus risqués que les bons du Trésor. Ces sommes sont en effet souvent investies par ces établissements dans des produits boursiers ou dans l’immobilier, des produits très sensibles aux effets des crises économiques.

Sans compter les risques liés à de probables faillites des banques et des fonds d’investissements dans lesquels ces sommes sont investies.  Les banques restent fragiles après les crises de ces dernières années. Après la dernière crise, plusieurs grandes banques internationales ont été sauvées de justesse grâce à l’intervention des États. Mais ces États, eux‑mêmes lourdement endettés, n’ont plus les moyens de voler à leurs secours.

mardi 9 août 2011

Algérie:Bons du Trésor américain


Incertitudes sur les placements de l’Algérie


Selon l’analyse boursière que nous a livrée Noureddine Legheliel, analyste auprès de la banque suédoise Carnegie, les bons du Trésor ont même pris très légèrement de la valeur en augmentant de 0,37 point, tandis que les intérêts sont passés de 2,56% vendredi à 2,49% aujourd’hui.

Les Credit Default Swap (CDS), principal indicateur de solvabilité, se sont, de leur côté, stabilisés. Quant à la monnaie américaine, elle semble plutôt bien résister face à l’euro. Le krach des titres obligataires n’a donc pas eu lieu. Cela n’empêche pas l’analyste boursier de lever certaines ambiguïtés à propos de tout ce qui se dit actuellement sur la gestion des réserves de changes.
Les inquiétudes autour d’une éventuelle dévalorisation des placements de l’Algérie à cause d’un glissement du dollar ont d’ailleurs été balayées par le financier, qui a insisté sur le fait que les bons du Trésor acquis depuis 5 ans ont pris 20% de valeur. Ce qui couvre, selon ce spécialiste, largement la perte de change du dollar. Il ajoute qu’il ne faut pas trop se laisser impressionner par les prévisions alarmistes de la presse financière internationale sur la base desquelles «nos économistes évoquent la perte de la valeur de nos placements».
Néanmoins, l’économiste auprès de la Banque mondiale M’hamed Hamidouche ne partage pas totalement cet optimisme. S’il confirme que les titres acquis depuis 2008 ont pris de la valeur, les T-Bonds acquis au début des années 2000 ont subi des pertes du fait de la crise économique mondiale. Il estime également qu’il ne faut pas s’attarder sur les évolutions ponctuelles des cours mais les suivre dans leur globalité, sur une longue période. L’expert auprès de la BM préconise de s’intéresser à «la nature exacte» des placements sur laquelle la Banque d’Algérie entretien le secret le plus absolu. M. Hamidouche fait remarquer dans ce sens qu’il y a différents bons du Trésor.
Ainsi, dans le segment des obligations à coupon zéro qui ouvre droit à une rémunération annuelle en plus de la récupération du capital à échéance, il faut différencier entre les placements à court terme et ceux à moyen et long terme. Il explique ainsi que les placements à court terme sont sujets à de fortes spéculations, contrairement à ceux à moyen et long terme. L’économiste explique aussi que le problème qui se pose avec les bons du Trésor américain est que leur rémunération dépend des conditions du marché. Ainsi, le taux d’intérêt sur les obligations émises en 2001-2002 est passé de 3,5% à 0,75% aujourd’hui, en dessous du taux d’inflation. Ce qui est considéré comme un rendement négatif. Quant à la possibilité de perdre ses réserves de changes, M. Hamidouche minimise le risque, sans toutefois l’exclure.
La Banque d’Algérie entretient l’opacité
M. Hamidouche explique que si la Banque d’Algérie garde les titres qu’elle a acquis jusqu’au terme de l’emprunt, elle pourra récupérer son capital, ce qui semble être le cas aujourd’hui puisque l’Algérie dispose d’immenses liquidités. Cependant, si jamais le pays était confronté à un problème de liquidités et qu’il soit contraint de vendre les bons du Trésor qu’il détient avant terme aux conditions du marché, il expose les réserves de changes au risque de dévaluation. Et c’est là que l’expert interpelle la Banque d’Algérie et l’exhorte à s’expliquer sur de nombreux aspects liés à la nature des placements. Il s’agit en premier lieu de s’interroger à propos de la sensibilité des titres acquis, sachant qu’à une sensibilité de 5%, un titre obligataire perd 5 points de sa valeur sur le marché à chaque fois que le taux d’intérêt augmente d’un point.
L’expert évoque la durabilité, laquelle reflète le délai de retour sur l’investissement des placements effectués. Enfin, M. Hamidouche s’interroge si la Banque d’Algérie a pensé à une stratégie d’immunisation lors de l’achat des obligations. L’opacité entretenue par la Banque d’Algérie autour de toutes les questions qui concernent la gestion des réserves de changes dérange au plus haut point l’économiste.
Il a d’ailleurs considéré que le meilleur modèle de gestion des réserves est celui de la Norvège, lequel se caractérise par sa transparence. Le fonds souverain norvégien est doté d’un comité d’investissement représentant les élus pour prendre les décisions stratégiques. Il publie un rapport annuel pour rendre compte de toutes les opérations engagées et de leur rendement et transmet un compte rendu trimestriel au Parlement.
Cette opacité est également vivement critiquée par Abderrahmane Mebtoul, qui estime que le silence de la Banque d’Algérie alimente bon nombre de supputations. Il rappelle ainsi que si certaines sources donnent la structure des réserves à 45% en dollars, 45% en euros, 5% en yens et 5% en livres sterling, d’autres les donnent à 80% en dollars. Cela a contribué à créer la confusion autour du montant des réserves de changes. Ainsi, quand certaines analyses les estiment à 173,63 milliards de dollars, le bulletin de la Banque d’Algérie pour le mois de juillet donne un différentiel de 13 milliards de dollars sans les réserves en or et de 10,8 milliards de dollars en incluant les réserves en or, estimées 173,6 tonnes.
Les principaux acteurs de la question se sont d’ailleurs écartés eux-mêmes du débat. Du côté de la Banque d’Algérie, on nous répond stoïquement qu’on suit l’évolution de la situation et que si la Banque centrale voit qu’il faut intervenir, elle interviendra. Une affirmation plutôt laconique au vu des enjeux en place. D’ailleurs, le gouverneur de la Banque d’Algérie se refuse à tout commentaire. Une réticence à s’exprimer en tant que premier responsable de l’autorité monétaire qui ne reflète, malheureusement, que la soumission de l’institution financière au bon vouloir du discours politique.
Tandis que le monde entier multiplie les réunions d’urgence pour faire face à la crise, au ministère des Finances, on nous rappelle bien poliment que le ministre est très occupé à suivre les auditions ramadhanesques à El Mouradia. A méditer…

Algérie:Création d’un million d’emploi en six mois



Pourquoi les chiffres du gouvernement sont peu crédibles
Les chiffres annoncés, lundi 8 août, par le gouvernement en matière de création d’emplois sont‑ils crédibles ? Selon un bilan des réalisations économiques et sociales en Algérie, 1,09 million d’emplois ont été créés durant les six premiers mois de l’année 2011. Ce chiffre pose un premier problème : en janvier 2010, l’Office national des statistiques (ONS) dévoilait les résultats d’une enquête sur le chômage en Algérie. Selon les données du CNIS, le taux de chômage était de 10,2 %, soit 1,072 million de chômeurs sur une population active de 10,5 millions de personnes. Un chiffre validé en janvier 2011 par le FMI (lire). Cela voudrait dire que le taux de chômage en Algérie avoisine 0%.

Dans ce contexte, ou les chiffres du CNIS sont faux, ou les données publiées aujourd’hui par le gouvernement sont erronées. Des experts et des chômeurs interrogés par TSA penchent pour la seconde hypothèse. « Avec 1,09 million d’emplois créés en six mois, l’Algérie a créé environ 170 000 emplois par mois. Peu d’économies sont capables d’un tel exploit », explique un économiste qui a requis l’anonymat. « En Algérie, il n'y a pas de statistiques fiables et cela résume tout. Chaque institution a ses propres statistiques », souligne pour sa par le politologue Rachid Tlemçani.

« Pour l'instant, je ne connais pas de nombreuses personnes dans mon entourage qui ont été recrutées. Pour moi c'est un chiffre irréaliste économiquement parlant », indique pour sa part Samir Larabi, porte‑parole du Comité national de la défense des droits des chômeurs. Ce membre fondateur de l'organisation, dont l'une des plus importante revendications est la possibilité pour chaque citoyen d'avoir un poste digne, ajoute sceptique : « la majorité des emplois qui auraient pu être créés sont précaires. C'est le cas des gens qu'on connaît dont certains font partie du comité. Ils ont tous été embauchés dans le cadre de certains dispositifs de pré‑emploi, dont celui d'aide et d'insertion professionnelle (DAIP). Et cela ne règle en rien leur situation ».

Pour cet ancien député qui a requis l’anonymat, « le démarrage effectif du plan quinquennal n'a pas encore eu lieu. Tout est en étude et en projection, il y a du retard. Ils ne veulent pas faire les mêmes erreurs du passé. Et encore, les programmes précédents sont en cours de réception, donc il y aura une destruction de postes d'emploi. Il y a aussi le contexte (grève, rassemblement, marche) qui n'était pas du tout favorable à la création d'emploi ».

L’autre interrogation que suscite la publication des chiffres du gouvernement concerne les actions de recrutement. Recruter un million de personnes en six mois ne passe pas inaperçu à la fois parmi les chômeurs et au sein des entreprises et des administrations qui ont accueilli les nouveaux collaborateurs. Certes, au début de l’année, après les émeutes de janvier, le gouvernement avait demandé aux entreprises publiques et aux administrations de recruter massivement. Mais dans les journaux, les offres d’emplois sont restées rares. Tout comme les concours de recrutement de la fonction publique.

Les entreprises publiques et les administrations qui ont géré depuis le début de l’année de nombreux conflits sociaux ont‑elles les capacités d’absorber un tel nombre de recrutements en si peu de temps ? Qui a mené les entretiens d’embauche ? Qui a géré les concours dans la fonction publique ? Comment les chômeurs recrutés ont‑ils été contactés ou ont‑ils postulé ? Autant d’interrogations qui rendent les chiffres du gouvernement peu crédibles.