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mardi 16 août 2011

Algerie:Crise financière et réserves de change de l’Algerie placées à l’étranger :

Monsieur Djoudi dites la vérité aux algériens

L’Algérie est fortement interpellée face à la situation mondiale actuelle étant donné que son économie est totalement rentière et extravertie et soumise aux chocs externes. Or malheureusement le Ministre des Finances, Karim Djoudi, a déclaré l’APS l 13 août 2011 que « les placements des réserves de change de l’Algérie à l’étranger sont sécurisés », tout en occultant les vrais problèmes inhérents aux impacts de la crise mondiale sur l’Algérie, ainsi les solutions pour y faire face. Cela contraste avec les déclarations du président de la Banque mondiale dans une interview publiée par l’hebdomadaire australien Weekend Australian le 13 aoüt 2011, qui affirme, je le cite : « nous sommes au début d’une tempête nouvelle et différente, ce n’est pas la même crise qu’en 2008 ».
1- Selon le président de la banque mondiale, Robert Zoellick, l’économie mondiale est entrée dans une « phase nouvelle et plus dangereuse » et il reste très peu de marge de manœuvre aux pays les plus développés. Le problème de la dette des pays européens est selon lui plus inquiétant dans l’immédiat que les conséquences « à moyen et long terme » de la baisse de la note de la dette américaine, qui a provoqué la panique des marchés.
Avec la Grèce et le Portugal assommés par leurs dettes, c’est non seulement l’économie de la zone euro qui est menacée, mais aussi l’existence même de la monnaie européenne. Les investisseurs commencent selon lui à se demander combien de temps l’Allemagne et la France vont pouvoir continuer à soutenir les pays menacés, sans se mettre eux-mêmes en danger de voir leur note diminuer à son tour.
Pour la Chine confrontée à ses propres problèmes, il ne faudrait pas compter uniquement sur elle pour relancer l’économie mondiale. Aussi, je pense que malgré que la Standard & Poor’s a dégradé le 05 août 2011 la dette souveraine américaine qui est passée de triple AAA à AA, les pays qui seront les plus touchés en cas de récession longue e l’économie mondiale seront les pays européens et certains pays émergents qui dépendent de leurs exportations tant des USA que de l’Europe, avant les Etats-Unis d’Amérique.
Pour les pays de la zone euro, des rumeurs, qui ont affolé les bourses mondiales, ont couru sur la dégradation de la note française. Le cas de l’Italie et de l’Espagne, pour ne pas citer la grande Bretagne dont la monnaie est autonome, est alarmant. C’est que les thérapeutiques conjoncturelles tant américaines qu’européennes, après la crise irlandaise et grecque, ne se sont pas attaquées à l’essence du mal qui ronge le corps social mondial. Il fallait donc s’attendre à des turbulences cycliques au niveau des bourses mondiales avec des tensions plus fortes pour les années à venir. La suprématie de la sphère financière sur la sphère réelle, les distorsions entre les salaires et les profits spéculatifs en sont la raison principale nécessitant un renversement de tendance pour relancer la sphère réelle. Car le vrai débat c’est de repenser le fonctionnement du système économique mondial par une nouvelle gouvernance mondiale(2).
2- Face à cette situation, pour le Ministre des Finances algérien, les placements des réserves de change de l’Algérie à l’étranger sont sécurisés (dans la mesure que leur capital est garanti) et couverts contre les risques de change et que le gouvernement peut les retirer à tout moment. Le taux d’intérêt serait de 3%, ce qui couvrirait l’inflation actuelle. Quant à la structure des placements, le Ministre s’est borné à indiquer que l’Etat algérien a choisi d’en placer une partie comme des valeurs d’Etat sur des risques souverains, dont le risque est très limité (reconnaissant au passage qu’il y a risque) et que l’Algérie avait trois choix à faire pour gérer ses réserves de change.
Premièrement : aller sur des actifs financiers privés caractérisés par un couple risque/rendement « très important », mais « avec un choix spéculatif”.
Deuxièmement : déposer son argent dans des banques, qui ne sont pas à l’abri du risque de faillite.

Troisièmement : 
déposer ses réserves (de change) en valeurs d’Etat, ce qui est le choix de l’Algérie.
Quant à la répartition par monnaies, le Ministre, sans aller dans le détail, précise qu’il ya eu répartition équitable des réserves en dollars et en euros.
Que penser de ces déclarations tardives face à une crise mondiale ?
Je ferai plusieurs remarques, reprenant certaines d’entre elles parues dans la presse algérienne et internationale. Fait surprenant, le Ministre des Finances indique qu’à la fin 2010 les réserves de changes de l’Algérie étaient de 160 milliards de dollars alors que dans le bulletin numéro 13 en date de juillet 2011 de la banque d’Algérie, le montant des réserves est évaluée à 162 milliards de dollars y compris les réserves d’or : il faut être précis, car il existe une différence de 2 milliards de dollars.
La presse financière internationale a évalué les réserves de change de l’Algérie à 173,63 milliards de dollars fin juillet 2011, soit une différence de plus de 13 milliards de dollars. Par ailleurs si pour la dette intérieure le montant est identique, évalué à 480 millions de dollars, il n’en est pas de même de la dette extérieure (principale et intérêts), puisque le gouverneur de la banque d’Algérie annonçait 3,9 milliards de dollars devant l’APN fin 2010, alors que le Ministre des finances annonce 5,2 milliards de dollars. Pourquoi cette différence de 1,3 milliard de dollars et l’Algérie s’est–elle endettée entre temps ?
Il faut pour la crédibilité de l’Algérie, parler d’une seule voix et synchroniser les données du Ministère des Finances et celles de la banque d’Algérie. Les données internationales sont–elles vérifiées ou fausses ? Le Ministre des Finances n’a pas répondu. Il ne suffit pas d’affirmer une vérité élémentaire de l’économie publique, que les réserves de change ne sont qu’une contrepartie de la masse monétaire, transformée en dinars, qu’une partie est destinée à la fiscalité d’Etat afin de couvrir les projets d’équipements publics, les dépenses de fonctionnement et les transferts sociaux, alors que l’autre partie est déposée dans les banques.
Comme il existe une confusion entre les réserves de change et le fonds de régulation des recettes qui traduit la différence entre le prix réel du marché des hydrocarbures moyenne annuelle et la fourchettes des 37 dollars fixée par la loi des finances, fonds évalué en dinars.
Tout dérapage du dinar par rapport au dollar, monnaie de référence pour les hydrocarbures, augmente artificiellement le fonds de régulation des recettes et la fiscalité pétrolière.
Par ailleurs, affirmer que toute la dépense qui va à la collectivité nationale, entreprises et ménages, résulte de la transformation des réserves de change en dinars et dont 40 milliards de dollars vont annuellement aux importations, omet d’inclure les services. Le document de référence étant, non la balance commerciale, mais la balance de paiement, qui inclut les mouvements de capitaux, dont les services, dépassant 11 milliards de dollars (moyenne annuelle 2009/2011) ce qui porte le montant de la dépense à plus de 51 milliards de dollars. Il y a lieu de raisonner en termes de flux et non de stock, du fait que Sonatrach engrange des entrées en devises annuellement qui hors dépenses s’ajoutent au stock. Par ailleurs, le Ministre des finances n’a pas abordé les impacts de la loi de finances complémentaire 2011 certes établie sur la base du marché à 37 dollars le baril de pétrole (pour un taux de change à 74 dinars pour 1 dollar), le déficit budgétaire évalué à 33,9% du produit intérieur brut, (4693 milliards de dinars, 63 milliards de dollars) bien que ramené au cours réel, serait d’environ 10%. Ce déficit, selon les prévisions de la loi de finances 2012, serait supérieur à 34% toujours au cours plancher de 37 dollars et 11% selon le cours prévisionnel du marché. Or, le Fonds de régulation des recettes (FRR), est évalué à 4842,8 milliards à janvier 2011. Le ministre des finances fait un pari hasardeux sur un cours du pétrole supérieur à 100 dollars le baril à prix constants, seuil minimum pour continuer dans l’actuelle dépense publique et comprimer artificiellement l’inflation par des subventions. Ces propos contredisent l’ABC des fondements de l’économie publique qui a ses propres lois applicables à tous les pays sans exceptions, un pays ne pouvant distribuer que ce qu’il a préalablement produit au risque d’un suicide collectif et d’une déflagration sociale à terme.
3.-Concernant le problème des réserves de change, produit de la rente des hydrocarbures et non du travail et de l’intelligence. Assistant paradoxalement au frein des réformes lorsque le cours s’élève, par la généralisation de l’assistanat, c’est l’arbitrage entre quatre variantes pouvant être combinée, qui pourrait solutionner le problème mais cela suppose une vision stratégique et non des tâtonnements au gré de la conjoncture.
Premièrement : doit–on laisser les réserves d’hydrocarbures sous le sol pour les générations futures, ayant des capacités d’absorbation internes faibles, ou doit-on limiter l’extraction en fonction du rythme d’exportation, de la consommation intérieure, du prix international et des couts qui déterminent la durée de vie des réserves ?
Deuxièmement : en plaçant les réserves dans des valeurs refuges comme l’or, dont le cours a augmenté de plus de 500% en dix 10 ans, ou en prennant le risque d’acheter des actions dévalorisées en attendant la remontée des cours, ne définit-on pas le véritable manager comme celui qui prend des risques dans un monde de plus en plus turbulent et incertain ?
Troisièmement : réaliser des placements à l’étranger avec des rendements positifs qui dépendent du niveau d’inflation, des taux d’intérêts, des cotations notamment du couple dollar/euro.
Quatrièmement : je pense que la solution la plus souhaitable est l’utilisation à des fins de développement, de la ressource humaine – ressource bien plus importante que toutes les ressources en hydrocarbures – et la valorisation de l’entreprise concurrentielle. Les infrastructures qui absorbent actuellement 70% de la dépense publique (480 milliards de dollars entre 2004/2013) n’étant qu’un moyen.
D’autres questions stratégiques n’ont pas été abordées ou très superficiellement par le Ministre des Finances.
Quelle sommes sont placées à l’étranger ? 80% comme l’affirmé le même Ministre des Finances devant les députés courant 2010 ?
Dans quelles monnaies : dollars, euros, yen, livres sterling ? 45% en dollars, 45% en euros, 5% en livres sterling, 5% en yen, selon certaines sources. Ou 80% en dollars selon d’autres sources, sachant que 98% des exportations en devises (économie de rente) se font en dollars important 75% des besoins des ménages et des entreprises, dont 60% se font en euros ?
Et dans quelles proportions, entre bons de trésor américains, dans quelles banques centrales européennes, asiatiques, dans des banques internationales privéess dites AAA, dont certaines ont été décotées ? Pour les rendements futurs des bons de trésor, ils seront largement tributaires de la stratégie chinoise et japonaise, principaux créanciers des USA, qui sur 3400 milliards de dollars de réserves de change en 2011, à 1150 milliards placées en bons de trésor américains et les japonais 1000 milliards de dollars, qui eux aussi dépendent de l’évolution de l’économie américaine pour leurs exportations
A quel taux d’intérêt et donc à quel rendement, tenant compte du taux d’inflation mondial et des taux directeurs qui sont depuis 2009/2010, pour la FED ente 0-0,25%, relèvement de la BCE de 1,5% depuis avril 2011, ceux de la banque d’Angleterre 0,5% ainsi que celui du Japon qui tend vers zéro ? Affirmer que le taux est de 3% suppose un placement à moyen terme et non à court terme ?
Quelles sont les réserves d’or, le FMI l’estimant à 173,6 tonnes à fin 2009. Pour une valeur d’environ 6,07 milliards de dollars au cours de 2009, soit 4,3% des réserves de change ? Ce montant a-t-il été augmenté depuis, soit par d’autres achats ou par la production aurifère de Tamanrasset ? Dans ce cas, bien que le calcul des banques centrales concernant l’or se base au cours de l’achat du moment dans leurs bilans, se pose la question de la réactualisation du cours en moyenne annuelle et de la production aurifère algérienne entre le 01 janvier 2010 et juillet 2011 pour laquelle nous aurions un gain net de 3 milliards de dollars soit plus de 9 milliards de dollars, sous réserve qu’il n’ait pas eu vente.
D’une manière générale, si le stock, en principe, et à moins d’une faillite généralisée de toute l’économie mondiale ou d’une grave crise politique en Algérie, qui entrainerait le gel des avoirs algériens à l’étranger, est garanti par les Etats. Cela pose le problème des rendements. En effet, le taux d’intérêt étant de plus en plus élevé si les placements se font à moyen et long terme afin de couvrir le taux d’inflation mondial. Encore que se pose la décision récente pour des USA de laisser le plafond du taux d’escompte inchangé jusqu’en 2013, mais pas d’affolement puisque la Chine et le Japon et d’autres pays créanciers, bien qu’inquiets, n’ont pas décidé d’un retrait. Le placement à court terme avec les taux directeurs des banques centrales américaines et européennes presque négatif ne sont pas rentables. Pour ceux à moyen terme, le retrait avant terme entrainerait une perte pour l’Algérie du fait de la décote sur le marché libre et il est actuellement préférable d’attendre le terme, et coordonner notre action avec d’autres pays créanciers, tant des Etats Unis d’Amérique que de l’Europe, car un montant important des réserves de change de l’Algérie est placé au niveau de cette zone. Enfin, se pose le problème pour les placements des avoirs algériens dans des banques privées dites AAA qui ont été décotées. En cas de difficultés bancaires, si elles ne sont pas soutenues par leurs Etats, il y aura perte sèche pour l’Algérie. Comme on le constate, le problème est complexe et un grand débat national s’impose. On ne joue pas avec la monnaie, rapport social traduisant la confiance ou la méfiance Etat/citoyens. Mais, le vrai débat qui dépasse largement l’aspect monétaire, est celui de la transformation de cette richesse virtuelle en richesse réelle et relancer la sphère réelle afin de créer des emplois créateurs de valeur ajoutée afin de diminuer les tensions sociales. Et ce, afin de réaliser la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales renvoyant à l’approfondissement de la réforme globale et à une meilleure gouvernance. Sur ce point, débat essentiel et stratégique pour le devenir de l’Algérie, le Ministre des finances a été absent.

Professeur Dr Abderrahmane MEBTOUL, économiste

vendredi 12 août 2011

Algerie:Rencontre avec Abderahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la Banque centrale d’Algérie


"Il ne faut pas croire que nos réserves de change ont une grande valeur"
« C'est la rente qui a tué en nous l'organisation de la société, c'est elle qui a tué en nous les capacités de réflexion et toute capacité d'accumulation ». Pour Abderahmane Hadj Nacer, le pétrole est une malédiction qui frappe l’Algérie au lieu d’être un avantage, un bienfait ou une protection. L’ancien gouverneur de la Banque centrale d’Algérie était vendredi soir l’invité du quotidien Algérie News qui a organisé une rencontre sur son premier livre La Martingale Algérienne, en librairie depuis fin juillet dernier.

Pour M. Hadj Nacer, à chaque flambée des prix du pétrole, l’Algérie met un frein aux réformes économiques. Il cite des exemples. « Nous avions de bons objectifs jusqu'en 1973, on a basculé après parce que le prix du pétrole a quadruplé. Quand on a eu beaucoup d'argent, on a demandé à ceux qui pensaient de ne plus le faire et on a retardé ainsi le développement du pays », a‑t‑il expliqué, estimant que l'Algérie d’aujourd’hui manque de vision économique claire. « On importe tout, absolument tout sauf les légumes, et encore, parfois on en importe », a‑t‑il déploré. C'est pour cela que l'Algérie va subir la crise financière de plein fouet, avertit‑il. « Parce qu'on n'est pas acteur. Pour pouvoir l'être, il faut une construction institutionnelle avec une légitimité populaire. Ce qui signifie une forme de démocratie », a plaidé M. Hadj Nacer.

Questionné sur les risques encourus par les placements algériens en bons du Trésor américain en pleine crise économique mondiale, M. Hadj Nacer affirme qu'« il ne faut pas croire que nos réserves de change ont une grande valeur ». « Personnellement, j'aurais bien aimé les garder sous terre, on a une règle de base en Algérie. La gestion des puits doit obéir à la longévité la plus maximale de nos capacités de production. Plus on extrait, moins le puits produira. Et je trouve qu'on a surexploité des puits sans raison pour accumuler des encaisses oisives qui sont sans intérêt puisqu'elles ne correspondent pas à une logique d'accumulation industrielle ou capitalistique », explique l'intervenant.

Pour l’ancien gouverneur de la Banque centrale, la détention d'actifs réels, à l'image de l'or, est plus importante que la détention d'argent. « Le monde part trop vite pour espérer le rattraper avec la mécanique de l'enseignement. L'accumulation des actifs permet justement de gagner du temps. Acheter des actifs, c'est acheter du temps », a‑t‑il poursuivi. Dans ce sens, il a donné l'exemple des négociations du gouvernement avec Renault qu'il qualifie de « honteuses ». « Renault nous propose de faire de l'emboutissage. Pourquoi n'avoir pas acheté Volvo qui était en vente ou n'avoir pas fait un accord avec elle ? Pourquoi être dans cette concurrence stupide avec le Maroc ? », s'est‑il interrogé en soulignant la nécessité de réfléchir actuellement à une vraie politique industrielle.

Algerie: Salah Mouhoubi. Economiste, ancien conseiller à la Présidence et membre du CNES



"Le gouvernement doit maîtriser ses chiffres"



L’économiste appelle les pouvoirs publics à revoir leur copie concernant la création de 1 million d’emplois et à mieux maîtriser leurs chiffres. Il rassure par ailleurs que les réserves de changes sont entièrement sécurisées en dépit de la crise boursière mondiale.

- Depuis la dégradation, la semaine dernière,  de la note souveraine de la dette des Etats-Unis, les marchés financiers s’affolent et les pertes sont estimées à des milliards de dollars. Quel risque y a-t-il pour l’ensemble de l’économie mondiale, d’autant que le spectre d’un autre krach plane toujours ?


Cette crise boursière n’est pas spontanée et plusieurs facteurs l’expliquent. Le monde ne s’est d’abord pas remis de la crise financière de 2006-2007 et dans le sillage de cette crise, le monde a vécu une récession économique. Ces deux aspects ont contribué à l’aggravation des déficits publics aux Etats-Unis et à la zone euro. Tous les pays se sont endettés pour faire face à cette crise, et dans la mesure où la croissance économique n’était pas au rendez-vous, leurs endettements se sont aggravés. Un autre paramètre explique la crise actuelle : tout l’Occident vit au-dessus de ses moyens. C’est une crise très profonde et structurelle  qui risque d’avoir un impact négatif sur le monde, particulièrement sur les pays en voie de développement. Ce qui est grave, selon les perspectives d’observateurs très attentifs, c’est la crainte d’une récession économique mondiale. Il y a effectivement risque qu’il y ait une contraction de la demande d’énergie et de matière première, puisque la machine de production tournera au ralenti. Cela se répercutera sur les revenus des pays en voie de développement. Dans le cas particulier des pays producteurs de pétrole, si la demande se contracte, nous allons avoir un fléchissement des prix du baril, sauf si l’OPEP prend des décisions drastiques de réduire considérablement l’offre.  


- Les Etats-Unis sont la locomotive de l’économie mondiale, mais leur dette se chiffre à plus de 14 000 milliards de dollars. N’ y a-t-il pas contradiction ?


Ce pays-là vit au-dessus de ses moyens et développe une politique d’endettement tant sur le plan national qu’international. Il y a aussi l’endettement des ménages américains, cela explique leurs revenus qui demeurent modestes. Au lieu de procéder à des augmentations salariales, les Etats-Unis poussent les ménages à s’endetter. Or, si on augmentait les salaires, ce sont les compétitivités internationales des Etats-Unis qui seront remises en cause. Je dois dire également que la situation des Etats-Unis est permise par le statut particulier du dollar qui leur donne des privilèges. D’ailleurs, la Chine non seulement dénonce cette politique, mais exige aussi la création d’une monnaie internationale pour remplacer le dollar. Et si cette exigence venait à s’appliquer, ce serait une révolution et la Chine aura créé l’aube d’une nouvelle génération. Pour le moment, cela ne sera pas aussi facile pour passer à l’acte. Et si les Etats-Unis viennent à accepter cette nouvelle demande, ce serait une remise en cause de leur leadership. 

- La question qui taraude l’esprit des Agériens est le devenir des réserves de changes placés aux Etats-Unis. Ces placements sont-ils réellement sécurisés ou bien y a-t-il un risque de subir des pertes ?


D’abord je tiens à préciser que nos réserves de changes sont sécurisées. Elles sont placées dans des grandes banques internationales et aucune d’elles ne peut disparaître aussi facilement. Sauf que les taux d’intérêt sont très faibles et c’est le monde entier qui subit cet état de fait. Aujourd’hui, nous pouvons nous interroger sur une partie des réserves de changes sous forme de bons du Trésor américain. Je ne pense pas que cela pose problème pour le moment. Et si l’Algérie venait à demander son remboursement, elle en obtiendrait facilement l’accord. Mais je dois préciser que ce n’est pas dans l’intérêt de notre pays de le faire, il faut attendre et laisser les choses se faire naturellement.    


- Quel serait le meilleur moyen de faire fructifier nos réserves de changes ? Un fonds souverain ne serait-il pas
intéressant ?


Il faut que l’Algérie utilise ses revenus en devises pour assurer son développement. L’existence de réserves de changes répond à plusieurs objectifs. Il est considéré comme matelas de sécurité du pays à la couverture commerciale du dinar. Nous ne pouvons pas changer cette donne d’une manière brutale. La création d’un fonds souverain n’est pas pertinente dans la conjoncture actuelle. La situation boursière montre le contraire. C’est un pari très risqué pour l’Algérie de s’engager sur cette voie. Même si c’est une manière de diversifier sa devise, mais s’il y a un coup dur, nous perdons tout. Je pense que les meilleurs investissements à faire sont chez nous.          


- Notre économie est toujours dépendante des hydrocarbures à plus de 98%. Les prix, qui ont franchi depuis plus d’une année la barre des 100 dollars, pourraient-ils être maintenus dans la conjointure actuelle ?


 Absolument non. C’est un thème récurrent. La diversification de notre économie ne date pas d’aujourd’hui, mais depuis les premières années de l’indépendance. Le président Boumediène appelait sans cesse à l’adoption d’une politique où nous semons du pétrole pour récolter des usines. Malheureusement, nous avons semé beaucoup de pétrole pour ne rien récolter. Sans pétrole, l’Algérie… Il faut s’attendre à des résultats dramatiques. Ce constat est fait depuis de longues années, mais nous n’avons pas l’impression de l’existence d’une véritable stratégie pour réaliser un tel objectif.        


- Les différents plans engagés par le gouvernement pour diversifier l’économie nationale n’ont pas donné les résultats escomptés. Où se situent justement les failles ?


Nous n’avons jamais terminé un programme de développement depuis l’indépendance. Tout est resté inachevé. Chaque équipe qui vient efface tout et recommence. Nous avons connu la crise de l’endettement qui a fait reculer le développement, puis la décennie noire, et actuellement, nous marchons sur une seule jambe en matière de développement. C’est-à-dire nous construisons des infrastructures, mais nous n’avons pas réussi à construire une économie productive. Cela veut dire qu’il faut changer de stratégie. Il faut en effet penser à instaurer la transparence, rendre l’acte d’investir libre, lutter contre la corruption et le gaspillage et surtout encourager les IDE (investissements directs étrangers). Sans les IDE, l’Algérie ne peut pas concevoir une économie. A cela s’ajoute une autre donnée : il faut que l’Algérie arrive à une économie sans subvention. Ceux qui activent dans le marché informel ne payent ni cotisation ni impôt, mais bénéficient de services publics gratuitement au même titre que ceux qui payent régulièrement. C’est injuste et c’est du gaspillage… Cette subvention est antiéconomique, elle se fait sans aucune contrepartie. Il faut engager immédiatement une réflexion sur la manière de mettre fin à ces subventions tous azimuts. C’est un véritable massacre. Il faut également se doter d’une feuille de route pour supprimer toutes ces subventions. Mois je propose qu’on ouvre un débat national, car il ne faudrait pas que cette mesure soit instrumentalisée et utilisée à des fins politiques. Cette suppression de subvention permettra de faire reculer le marché parallèle et incitera les Algériens à travailler et de ne plus compter sur cette vache à lait. Or,  nous ne pouvons pas acheter la paix sociale avec ce type de politique, car un jour nous aurons certainement un retournement de situation où les moyens financiers ne permettront plus le «gaspillage».


- Des chiffres ont été annoncés sur la création des postes d’emploi et la distribution de logements, selon le gouvernement. Beaucoup d’économistes ont affiché leur doute par rapport à leur crédibilité…   


Je n’ai jamais vu dans les pays développés un million d’emplois créés en moins d’une année. Cela relève du miracle économique. Je me pose la question si les pouvoirs publics, lorsqu’ils ont annoncé ces chiffres, ne se sont pas trompés ! En ma qualité d’économiste, je me pose la question sur leur crédibilité. Ils auraient dû dire que sur la période 2010-2014, nous allons créer  3 millions d’emplois, et dans ce même cadre et jusqu’à présent, 1 million d’emplois ont été créés. A ce moment-là, les chiffres peuvent être crédibles. Car tels qu’annoncés, il est difficile d’y croire, surtout que l’appareil productif est en panne. Le seul secteur où l’emploi est créé est le secteur des services de BTPH. Le gouvernement se doit de clarifier ce point, car il y va de la crédibilité du pays. Les pouvoirs publics doivent revoir leur copie et maîtriser leurs chiffres. Nous manquons totalement de vision économique dans notre pays.

Algérie: Après une accalmie de plusieurs semaines


Le phénomène de la "harga" reprend à Annaba
Le retour de harraga
Après une période d’accalmie qui a duré plusieurs semaines, le phénomène d’immigration clandestine vers l’Europe vient de reprendre à Annaba. Lundi dernier, profitant d’un manque de vigilance des garde‑côtes, 20 jeunes harragas, dont une fille, ont réussi à rejoindre les côtes italiennes à bord d’une embarcation légère munie d’un puissant moteur. Les harragas sont partis de la plage "la Caroube". Une fois en Italie, ils ont contacté leurs parents pour les informer de leur arrivée dans de bonnes conditions. Selon nos informations, le même groupe avait tenté une première traversée 48 heures auparavant. Mais ils ont dû reporter leur projet, les garde‑côtes ayant été mis en alerte. Il s’agit de l’une des rares tentatives enregistrées ces dernières semaines dans la wilaya, selon nos sources.

En moyenne, chaque candidat à l’immigration clandestine doit, avant de prendre place à bord de l’embarcation, verser au passeur la somme de 100 000 DA. Bien qu’en activité depuis des années, et malgré le nombre d’embarcations arraisonnées et les nombreux harragas interpellés et présentés devant le procureur de la République, aucun passeur n’a été jusqu’ici inquiété à Annaba ni ailleurs en Algérie. D’où les interrogations suscitées quant aux complicités bien placées dont jouissent les passeurs. Des complicités dénoncées par des familles de jeunes ayant tenté la traversée périlleuse et qui n’ont dès lors plus donné signe de vie.

jeudi 11 août 2011

Algérie: Plus d’un million d’emplois crées en six mois


 l’Algérie a vaincu le chômage..!

Au moment où le monde est en crise, les services du premier ministre algérien, dans un communiqué repris par l’APS, annoncent la création de 1.090.435 emplois durant le premier semestre 2011, soit 181.739 emplois par mois.
Au 30 juin 2011, le taux de chômage en Algérie tendait-il vers zéro ?
Je cite la dépeche APS du lundi 8 août 2011 : « quelques 1 090 435 emplois ont été créés durant le 1er semestre de 2011, indique un bilan des services du Premier ministre ».
Donc, pour le gouvernement, la création d’emplois est ventilée ainsi : dans le cadre du dispositif d’aide à l’insertion professionnelle (DAIP) 489.955 emplois ont été crées, soit 45% du total annoncé. Si l’on inclut la fonction publique avec 41 215 emplois créés, nous obtenons un taux qui approche 50% (exactement 48,73%). Selon le gouvernement, nous avons eu dans les entreprises du pays – inclues les entreprises publiques-, un recrutement de 61.831 personnes ; et si l’on prend uniquement Sonatrach et Sonelgaz 22.183 employés (alors que leurs filiales sont déjà en sureffectifs) ; 34.196 personnes dans l’agriculture et la création de 24.612 postes via les investissements financés par les banques (hors ANSEJ et hors agriculture).
Pour l’ONS et le ministre du travail, le taux de chômage s’établirait à 10,2 % fin 2010, soit une baisse de 1,1 % par rapport à 2008, contre 15 % en 2007. Ainsi en 2010, 1,072 million de personnes sont touchées par le chômage, sur une population active estimée à 10,5 millions de personnes, la population active occupée étant de 9,4 millions de personnes. Cela signifie, en supposant une demande additionnelle e 200.000 emplois durant le premier semestre 2011 (la demande est en principe de 400.000 par an avec une sousestimation de la demande féminine), que nous avons 1.272.000, moins 1.090.435, soit un total de 181.565 chômeurs au 30 juin 2011 !
Ainsi, en l’Algérie, le taux de chômage serait d’environ 1,65%, si l’on suppose que la population active est d’environ 1,1 million à la même période. Contre plus de 20% en Espagne, une moyenne européenne et américaine de plus de 9% et plus de 10% pour certains pays émergents dynamiques. Donc, il n’y a pratiquement plus de chômeurs en Algérie, devenant ainsi le pays miracle le plus développé du monde !
Pourquoi alors toutes ces tensions sociales dans toutes les régions du pays ? Il est absolument nécessaire que nos responsables visitent les wilayas d’Algérie pour vérifier leurs données, car qui n’a pas dans sa famille une ou plusieurs personnes au chômage, y compris des diplômés.
Des données fantaisistes
Ayant à eu à diriger un audit avec une équipe pluridisciplinaire exclusivement algérienne sur l’emploi et les salaires pour le compte des pouvoirs publics entre 2007/2008, je tiens à faire les remarques suivantes qui étaient déjà contenues dans ce rapport(1).
- Il existe une loi économique valable pour tout pays : le taux d’emploi est calculé en fonction du taux de croissance et des structures des taux de productivité. Comment avec un taux de croissance (selon les rapports internationaux) de 3 %, entre 2010/2011, contre une moyenne de moins de 3% entre 2004/2011, peut-on avoir créé autant d’emplois ?
Des calculs précis montrent clairement que sur les 6% de croissance hors hydrocarbures annoncés officiellement, 80% ont été fait par la dépense publique via les hydrocarbures et les entreprises évoluant dans le cadre des valeurs internationales contribuent à moins de 20% du produit intérieur brut. Pour preuve l’Algérie exporte 98 % en hydrocarbures brut et semi-brut et importe plus de 70% de ses besoins.
Toujours dans ce cadre, 70 % de la dépense publique ont été absorbés par les infrastructures, dont le BTPH, alors que le savoir est dévalorisé. Pour preuve le poste “services” est passé de 4 milliards de dollars en 2004 à plus de 11 milliards de dollars entre 2010/2011, avec ce paradoxe que représente la fuite des cerveaux algériens et donc la nécessité d’un recours à l’assistance étrangère.
Après la fin des chantiers en cours, que deviendront ces milliers de travailleurs qui espérent la non chute brutale du cours des hydrocarbures due à la crise mondiale et qui serait dramatique pour l’Algérie ?
Alors se posent plusieurs questions précises :
Quelles sont les réalisations concrètes des agences de l’emploi et de l’ANDI (agence d’investissement) ?
Il ne suffit pas de donner des intentions mais bien les réalisations effectives, en distinguant la part devises et la part dinars, tant des équipements que des entrants, afin de dresser une balance devises prévisionnelle non biaisée, tenant compte de la concurrence internationale donc ouverte, et des accords internationaux que l’Algérie a ratifié en toute souveraineté.
- Quel a été le devenir des projets qui ont bénéficié des avantages financiers; combien ont réussi et combien ont fait faillite ?
Tous ces dossiers déposés par des jeunes à ANSEJ, se concrétiseront-ils par l’émergence d’entrepreneurs dynamiques alors que les entreprises déjà installées souffrent des contraintes d’environnent (bureaucratie, système financier inadapté, foncier, rareté de la main d’œuvre qualifié, etc. ) ?
A-t-on tenu compte des sureffectifs dans les administrations et entreprises publiques, de la productivité du travail en Algérie, qui selon les derniers rapports de l’OCDE est une des plus faibles au niveau du bassin méditerranéen ?
Il s’agit de ventiler les emplois à valeur ajoutée, des emplois non productifs ou faiblement productifs (commerce de détail qui connait une implosion selon le dernier recensement du registre de commerce en 2010), des emplois temporaires qui constituent le plus gros des effectifs, par exemple ceux du type faire et refaire les trottoirs ou désherber les routes.
Quelle est la structuration des effectifs recrutés par niveau de qualification, la ressource humaine étant une richesse bien plus importante que toutes les richesses en hydrocarbures ?
Quelle est la partde l’emploi informel, en distinguant les emplois à valeur ajoutée de ceux de la sphère informelle marchande spéculative dominante qui selon le Ministre du travail, représenterait plus de 25% des emplois totaux ?
Certaines estimations, en corrélation avec la masse monétaire en circulation entre 40% et 65% des segments de produits de première nécessité, évaluent la part de l’emploi informel entre 40 et 50% dans la création d‘emplois. Le taux officiel, redressé par les sureffectifs, les emplois fictifs temporaires, et non tenu compte de l’emploi dans l’informel, fait que le taux de chômage fluctuerait entre 20/25%.
Ouvrir un véritable dialogue sur les perspectives du développement
Grâce à un dialogue soutenu et à un débat serein et sans passion, je crois que le génie algérien, qui évolue favorablement dans d’autres parties du monde, est capable de trouver des solutions au chômage. Il s’agit pourtant de faire un constat sans complaisance pour pouvoir se corriger positivement. L’Algérie est une économie totalement rentière, n’ayant pas encore préparé l’après hydrocarbures alors que sa population passera dans 25/30 ans, de 36 millions à 50 millions et cela sans hydrocarbures.
Le niveau des réserves se calcule en fonction du couple coût intérieur-vecteur prix international des énergies substituables en corrélation avec les mutations mondiales énergétiques et du rythme des exportations et de la consommation intérieure. Aussi invoquer des données qui ne correspondent pas à la réalité, surtout à l’ère d’Internet où le monde est devenu une maison de verre, favorise, tant le divorce Etat/citoyens, que le discrédit de l’Algérie au niveau international.
C’est que corrigés, le taux de chômage et le taux de croissance officiel, sont des taux artificiels irrigués par la rente des hydrocarbures avec des salaires sans contreparties productives pour calmer le front social. Il en est de même pour l’inflation que l’on comprime artificiellement par des subventions généralisées et non ciblées, source de gaspillage et de fuite de produits hors des frontières, avec des impacts mitigés sur le pouvoir d’achat des algériens, faute de mécanismes clairs de régulation avec la dominance de la sphère informelle.
Cela traduit les liens dialectiques entre la logique rentière et l’extension de cette sphère informelle, loin de la nécessité de la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures, mais cela est un autre sujet, qui renvoie à la bonne gouvernance, que j’ai longuement abordé dans d’autres contributions à Algerie-Focus.com.
Professeur Abderrahmane MEBTOUL, éconimiste

Algérie: Eric Pichet. Expert financier


«La baisse du prix du pétrole affectera l’Algérie»

Eric Pichet est un administrateur indépendant de différentes sociétés, il siège au conseil d‘administration de plusieurs fonds internationaux cotés (Hedge Funds notamment), essentiellement à Londres
et à Paris. 

- La dégradation de la note de la dette américaine, du triple «A» au «AA+», a fait chuter les taux sur les Bourses dès leur ouverture lundi matin.
Comment s’explique cet affolement ?

Les marchés ont été pris par surprise par la dégradation de la note américaine, une première depuis la création de Standard & Poor’s (S&p) en 1941. En fait, le compromis signé laborieusement entre le président Obama et le Congrès avait soulagé les marchés financiers qui pensaient que le risque d’une dégradation était écarté à court terme. Toutefois, S&P n’est pas responsable de l’incapacité de la classe politique américaine à trouver un moyen de réduire le déficit public de l’Etat fédéral qui reste aux environs de 10% du PIB.

- Quelles peuvent être les répercussions de cette rétrogradation de la note sur l’économie américaine à court, moyen et à long termes ? Y aura-t-il récession ?

L’impact sur l’économie américaine sera nul ou marginal. La décision de S&P aura en revanche un impact sur les marchés financiers, mais sans doute uniquement à très court terme. La question du risque de récession américaine est un autre débat. A mon sens, la sortie de la crise financière de 2007-2009 sera longue car il faudra que l’économie américaine réduise son endettement global, d’où une sortie de crise lente, comme c’est traditionnellement le cas au sortir des «crises économiques» liées à l’endettement.

- En Europe, quelles sont les hypothèses les plus en vue pour contrer la crise, sachant que la Banque centrale européenne n’a pas fait preuve d’optimisme ?

L’Europe va également connaître une reprise lente. Les Etats du Sud ainsi que la France devront lancer les réformes que les Allemands ont faites au cours des dix dernières années (réforme des retraites et du marché de l’emploi notamment). Ce qui explique aussi leur meilleure compétitivité. La BCE ne pourra de toute manière pas acheter toutes les obligations à émettre des payes du sud de l’Europe…

- Si rien n’est fait pour revenir à une situation dite normale, peut-on craindre l’avènement d’un nouveau krach boursier ?

Je pense que les cours sont déjà très bas, les actions du CAC 40 rapportent près de 5% en moyenne, soit nettement plus que les emprunts d’Etat (3,2%). C’est une situation très rare historiquement et favorable aux actions à moyen terme.

- Est-ce que le monde sera confronté à un nouvel épisode de ralentissement économique ?

Si la récession se confirme aux Etats-Unis, le monde connaîtra un ralentissement, mais les pays émergents vont prendre le relais de la croissance.
Il faut bien distinguer le court terme du moyen/long termes. Le problème principal de l’Inde, de la Chine et du Brésil est actuellement la surchauffe et l’inflation. Un ralentissement de l’économie américaine pourrait donc les aider à réduire les tensions inflationnistes à court terme.

- Et qu’en sera-t-il pour l’Algérie ?

Pour ce qui est de l’Algérie, les tensions inflationnistes sont fortes actuellement du fait de la hausse des salaires accordée ces derniers mois. La dépendance du pays au cours du pétrole aura des conséquences négatives à court terme du fait de la baisse des cours qu’entraîne le ralentissement conjoncturel de l’économie mondiale. A moyen et long termes, il est toutefois clair que les cours du pétrole remonteront car la demande des BRICS et des autres pays émergents va se poursuivre.
 

mercredi 10 août 2011

Algérie:Alors que le débat se concentre sur les bons du Trésor américain



Le mystère reste entier sur le sort de nos réserves de change
Où est placé l’argent de l’Algérie ? Depuis quelques jours, suite à la dégradation de la note souveraine des États‑Unis par l’agence de notation S&P, le débat en Algérie se concentre sur les placements algériens en bons du Trésor américain. Mais malgré les critiques et les inquiétudes concernant les avoirs algériens placés dans ce type de produits, le gouvernement et la Banque d’Algérie continuent d’observer le silence.

Pourtant, les experts sont unanimes : les bons du Trésor, malgré une dégradation de la note de la dette américaine, ne sont pas risqués. Certes, ces placements sont réalisés à perte, vu que les taux d’intérêts sont inférieurs à l’inflation. Cependant, cette situation n’est pas nouvelle. Cela fait plusieurs mois que le rendement réel des bons américains est négatif. Mais les sommes placées par l’Algérie seront intégralement récupérées à l’échéance des emprunts.

Pourquoi donc le gouvernement observe‑t‑il un silence inexpliqué alors que la situation semble lui être favorable ? En réalité, la situation  pourrait être beaucoup plus inquiétante. Selon un document du Trésor américain, à la fin mai 2011, l’ensemble des avoirs de quinze pays pétroliers placés en bons du Trésor américain s’élevait à seulement  229,8 milliards de dollars. Ces pays sont l’Algérie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Libye, le Qatar, l’Irak, Oman, le Koweït, l’Iraq, l’Iran, Bahreïn, le Venezuela, l’Équateur, le Nigéria et le Gabon. La part de chaque pays n’a pas été précisée dans le document. Mais au mieux, elle s’élèverait à quelques dizaines de milliards de dollars. On peut donc en déduire que l’Algérie n’a pas pu placer plus d’un tiers de ses 173,6 milliards de dollars de réserves de change en bons du Trésor, soit environ 50 à 60 milliards de dollars dans le meilleur des cas.


D’importantes sommes placées dans des banques étrangères ?

Où se trouvent alors plus de 100 milliards de dollars qui constituent la différence entre les réserves de change et le montant placé en bons du Trésor américain ? Contrairement à des pays comme le Qatar ou les Émirats arabes unis, l’Algérie ne possède pas de fonds souverain. Elle n’a donc pas investi sur les marchés actions. Karim Djoudi, ministre des Finances, l’a d’ailleurs répété à plusieurs reprises : le marché actions est jugé trop risqué pour y placer une partie des réserves de change du pays. L’Algérie n’a pas non plus procédé à l’achat d’or pour renforcer ses réserves.

Selon des experts interrogés par TSA, il reste une dernière hypothèse : une bonne partie de nos réserves de change est placée dans des banques et des fonds d’investissements. Une opacité totale entoure ces placements et leur gestion. On sait seulement, par exemple, que Sonatrach a placé au moins deux milliards de dollars dans le fonds d’investissements américain Russel via la société Rayan Investment.

Or, les placements dans les banques et les fonds d’investissements sont nettement plus risqués que les bons du Trésor. Ces sommes sont en effet souvent investies par ces établissements dans des produits boursiers ou dans l’immobilier, des produits très sensibles aux effets des crises économiques.

Sans compter les risques liés à de probables faillites des banques et des fonds d’investissements dans lesquels ces sommes sont investies.  Les banques restent fragiles après les crises de ces dernières années. Après la dernière crise, plusieurs grandes banques internationales ont été sauvées de justesse grâce à l’intervention des États. Mais ces États, eux‑mêmes lourdement endettés, n’ont plus les moyens de voler à leurs secours.