YAHOO NEWS

Météo

jeudi 25 août 2011

Algerie:Réserves de change


 La Banque d’Algérie rompt le silence
Après le ministre des Finances Karim Djoudi, c’est au tour du gouverneur de la Banque d’Algérie Mohamed Laksaci de s’exprimer sur les réserves de change de l’Algérie. Environ 98 % de ces placements, répartis entre les États‑Unis et l’Europe, sont effectués en portefeuille de titres souverains (valeurs d’État) que l’Algérie avait achetés entre les années 2004 et 2007, lorsque les taux d’intérêt mondiaux étaient relativement élevés, a indiqué ce jeudi 25 août M. Laksaci, lors d’une rencontre consacrée à la présentation du rapport de la Banque d’Algérie pour l’année 2010. Ces titres sont soumis à un taux d’intérêt moyen fixe de 3 % en 2010, un rendement légèrement inférieur à celui de 2009 et 2008, selon M. Laksaci qui n’a pas donné de détails sur les montants placés aux États‑Unis et en Europe.

Les placements de ces réserves à l’étranger ont rapporté 4,60 milliards de dollars en 2010, contre un rendement de 4,74 milliards de dollars en 2009, selon ce rapport. Ce volume de rendement, mentionné sous l’appellation « crédits des facteurs » au chapitre relatif à la balance des paiements dans le rapport 2010 sur l’évolution économique et monétaire de la BA, était de 5,13 milliards de dollars (USD) en 2008, de 3,81 milliards USD en 2007 et de 2,42 milliards USD en 2006.

Les réserves de change de l’Algérie étaient de 162,2 mds USD fin 2010, soit plus de trois années d’importations de biens et services, contre 148,9 mds USD à la fin 2009, a‑t‑il rappelé. « La politique (de gestion des réserves) menée par la banque d’Algérie depuis 2004 a prouvé son efficacité en 2011 », s’est réjoui M. Laksaci, faisant allusion à la résilience des placements de l’Algérie face à la crise de la dette aux États‑Unis.

Contrairement aux années précédentes où les dépôts constituaient 20 % des placements de l’Algérie à l’étranger, 2 % seulement des réserves de change sont actuellement déposées dans des banques. M. Laksaci n’a pas divulgué les noms des banques commerciales où une partie (2 %) des réserves de change de l’Algérie est placée. Le gouverneur s’est félicité de la diversification des devises entrant dans la composition des réserves. Cette diversification, engagée aussi depuis 2004, visait une sécurisation maximale des réserves vis‑à‑vis des chocs extérieurs, a souligné M. Laksaci. Ainsi, la poursuite de la stabilité financière externe de l’Algérie à moyen et long terme « repose fortement sur la poursuite de la gestion prudente des réserves officielles de change par la Banque d’Algérie », a‑t‑il affirmé. Il s’agit, à cet effet, de continuer à préserver la valeur du capital (des réserves), en minimisant les risques de perte de la valeur marchande des actifs par le maintien d’un portefeuille diversifié, à maintenir un niveau élevé de liquidité, avec des actifs revendables à tout moment et enfin à optimiser le rendement, a expliqué M. Laksaci. Mais il « ne faut surtout pas confondre excès de réserves de change et excès de richesse », dira M. Laksaci, car le premier représente tout simplement l’épargne publique alors que la richesse économique provient de l’investissement, a‑t‑il précisé. La dégradation de la note de la dette souveraine américaine par l’agence Standard & Poor’s a relancé en Algérie la polémique sur la politique de gestion des réserves de change.

samedi 20 août 2011

Algerie:Echec de la lutte contre la harga


Le jour d AlgeriePlus de 100 migrants clandestins cet été

Si les estimations du bilan des garde- côtes fait état d’un léger recul en matière de tentatives clandestines vers les côtes européennes par rapport à l’année précédente, il n’en reste pas moins que plusieurs haragas ont réussi leur traversée et rejoint l’autre rive.
Ni la crise du chômage en Europe, ni les réformes politiques et sociales initiées par le président de la République au cours de cette année en vue, entre autres, de relancer l’économie productive et de lutter contre le chômage n’a eu aucun effet sur ceux qui espionnent nos 1 200 km de littoral afin de trouver une issue qui mène à l’autre rive. Il ne s’agit pas d’une invention de la presse, mais le phénomène de l’immigration clandestine ne s’éclipse vraisemblablement que pour bien reprendre.
Pour cet été, la harga a repris de belle et ce n’est pas aux garde- côtes que revient toujours le dernier mot du fait que les aventuriers ont réussi à les esquiver et à rejoindre leur destination de l’autre côté de la mer. Alors que la contestation et l’ébullition sociale ayant secoué le pays durant les premiers mois de l’année en cours se sont calmées et que la crise économique mondiale met à mal les pays les plus convoités, cette conjoncture ne freine nullement les haragas ; ils continuent de tenter leur chance, de même pour les passeurs qui, eux aussi, continuent de tirer profit de la détresse de cette jeunesse. Si les estimations du bilan des garde-côtes fait état d’un léger recul en matière de tentatives clandestines vers les côtes européennes par rapport à la précédente année, il n’est pas moins que des haragas ont réussi à traverser la méditerranée au cours de cette année. Pour preuve, 20 jeunes haragas, dont une fille, ont réussi à rejoindre les côtes italiennes cet été. Les candidats ont traversé la mer à bord d’une embarcation légère munie d’un puissant moteur. Le point de départ est la plage «le Caroube» et l’arrivée c’est l’Italie. Une fois arrivés, les clandestins ont contacté leurs familles pour les rassurer qu’ils sont bien arrivéss.
Ce groupe a toutefois failli ne pas parvenir à sa destination puisque les garde-côtes ont été alertés de leur première tentative, et ont dû donc reporter leur aventure. En ce qui concerne les frais de l’aventure, les haragas ont versé au passeur la somme de 100 000 Da avant de prendre place dans l’embarcation. Ce n’est qu’un exemple, car le phénomène ne concerne pas seulement Annaba. Autre exemple, «l’immigration clandestine occupe la première place dans lebilan du 1er trimestre 2011 des gendarmes de la capitale».
De cette déclaration faite par le colonel Mustapha Taïbi, commandant du groupement de la Gendarmerie nationale, pour la wilaya d’Alger le 1er bilan du groupement d‘Alger indique que 39 affaires d‘immigration clandestine et de séjour illégal ont été traitées par les gendarmes de la capitale. A l‘issue de ces affaires, pas moins de 68 individus ont été arrêtés. Durant cet été plusieurs haragas ont été interceptés par les garde-côtes algériens, la dernière aventure en date remonte à la nuit de mardi à mercredi dernier, au large de Annaba où l’opération des clandestins est intervenue quarante-huit heures seulement après que 23 autres candidats à l’immigration clandestine sont tombés dans les mailles du filet de ces mêmes éléments de la Marine nationale. La nuit du 13 août, ce sont également 48 individus qui ont traversé le large atteignant les rives italiennes. A Oran, pas moins de 21 haragas ont été interceptés, la même nuit, à bord de deux embarcations à l’est d’Oran, au large de la plage de Kristel. En tout, ce sont approximativement, faute de bilan, plus d’une centaine à avoir tenté l’aventure de la harga durant ces derniers jours, sans se soucier des risques et des dangers ni du coût de ce «périple non assuré».

mardi 16 août 2011

Exclusif. Entretien avec le Pr Noam Chomsky. Partie 4


 La crise financière : Les banques contrôlent les gouvernements et l’argent des contribuables (+ Audio)

Dans un entretien téléphonique qui a duré 40 minutes, Noam Chomsky nous a livré ses analyses sur les révoltes populaires en Tunisie, en Égypte et dans d’autres pays et l’embarras des États-Unis, d’Israël et de l’Europe qui craignent de voir des régimes “amis” tomber et remplacés par des démocraties libres.
Nous avons également abordé avec lui plusieurs autres points : la situation en Algérie, le positionnement militaire américain dans la région du sahel, la nature de l’AQMI, etc.
Il a aussi été question dans l’entretien, des dernières révélations de wikileaks, de la politique d’Obama au Moyen-Orient, du cas iranien, de la politique israélienne, des attentats du 11 septembre,…
Algerie-Focus.com : Quelle est votre analyse de la crise financière actuelle. Quelles conséquences pourrait-elle avoir sur le monde, devons-nous nous attendre à des conflits armés comme ce fut le cas à l’issue du crash financier de 1929 qui a abouti à la deuxième guerre mondiale ?
Noam Chomsky : Avant tout je ne pense pas qu’il y ait de chance que quelque chose comme la seconde guerre mondiale soit envisageable. Il y a un super pouvoir avec une force militaire écrasante et pas de concurrent. La crise financière est réelle, les sources en sont bien comprises et on peut les retracer jusqu’au changement économique qui a eu lieu en Amérique et en Grande-Bretagne dans les années 70. A ce moment là les institutions financières – je parle des Etats-Unis mais la situation était similaire ailleurs – étaient régulées par les règles du New Deal. Il n’y avait pas eu de crise financière pendant les années précédentes, qui furent les années qui ont connues la plus importante croissance économique dans l’histoire Américaine. Dans les années 50, 60 et 70 pas de crise !
Les institutions financières existaient mais elles assumaient les fonctions habituelles de telles institutions dans une société capitaliste, c’est-à-dire prendre des actifs inutilisés, comme les comptes bancaires, et en faire des investissements productifs. Et c’est à peu près ce qu’elles faisaient.
Cela a substantiellement changé dans les années 70. Le pouvoir des institutions financières a explosé. Il y a eu une énorme augmentation des flux de capitaux spéculatifs et seulement un faible pourcentage de bénéfices des entreprises – à ce moment là peut-être un tiers de bénéfices des entreprises. Et les institutions financières se sont détournées de leurs fonctions traditionnelles et constructives dans une société capitaliste. Elles ont commencé à se tourner vers le risque, que sont essentiellement les jeux financiers, jouer avec l’argent, faire des investissements risqués au moyen d’instruments financiers compliqués et exotiques et depuis il y a crise après crise. Il y en a eu plusieurs pendant les années Reagan. En fait Reagan a terminé sont mandat en 1988 en laissant derrière lui une crise financière majeure à gérer, la pire sur l’épargne et le crédit, depuis la grande dépression.
La mania de la dérégulation a continué pendant les années Clinton sous l’influence dominante des institutions financières. Avec le temps, l’accroissement de leur rôle économique s’est traduit aussi par un pouvoir politique accru. Les années Clinton se sont terminées avec un autre crash boursier celui de la bulle Internet.
A chaque fois les problèmes restent identiques et font le lit de la prochaine crise. Il y a si peu de régulation que c’est presque une garantie de crise ! Les régulations légales limitées sont manipulées par une énorme armée de lobbyistes, alors en définitive aucune ne s’applique. C’est inhérent au système boursier, les transactions ne prennent pas en compte, ce qu’on appelle le risque systémique. Par exemple, si Goldman Sachs prend bien en compte son propre risque il n’en fait pas de même du risque d’écroulement du système dans son ensemble. Si quelque chose va mal, cela s’appelle « l’externalité » en jargon économique et vous n’y faites pas attention.
Ce seul fait est une garantie de crise et cela a été augmenté par de très perverses incitations. L’une d’entre-elles est une police d’assurance gouvernementale, elle s’appelle « trop grande pour tomber ». Donc si les banques majeures et les firmes d’investissements font des transactions extrêmement risquées et en conséquence font d’énormes profits, si cela tourne mal et se crashe – et qu’éventuellement elles emportent tout le système avec elles -, elles peuvent avoir confiance car le contribuable entrera dans la course et les couvrira. C’est exactement ce qu’il s’est passé cette fois-ci, comme dans les cas précédents, cela s’appelle trop grandes pour faillir, trop grandes pour les laisser filer.
Ceci est une vraie police d’assurance, incidemment une parmi tant d’autres, qui encourage le risque élevé et un comportement hautement rentable. Le public paiera si ça ne se passe pas comme prévu, alors pourquoi se priver. Tout cela sera remboursé et cela pose aussi les bases de la prochaine crise financière qui sera sans doute pire que celle-ci. C’est presque inévitable quand un système de marché dans l’arène financière est autorisé à fonctionner avec extrêmement peu de régulation et avec des incitations à poursuivre des opérations risquées et potentiellement dommageables mais extrêmement profitables. Cela est accru par les instruments financiers qui ont été développés par les banques, il y a les concepts de produits dérivés, les polices d’assurance contre les pertes, les hypothèques sécurisées, qui ont été le noyau de cette crise particulière des sub-primes, alors oui il y en aura une autre !
Actuellement les institutions financières sont si puissantes qu’elles ont une influence écrasante sur le système politique et c’est la conséquence de ce qui s’est passé tout au long des 30 dernières années, plus dramatiquement aux Etats-Unis, mais ailleurs dans le monde aussi, c’est la politique gouvernementale.
Traditionnellement, la politique du gouvernement, dans un état capitaliste faisant parti des sociétés occidentales, est de l’ordre des impôts et des taxes. D’autres politiques gouvernementales, dans une certaine mesure – minime, mais quand même – doivent tendre à compenser l’énorme inégalité qui se développe si on permet aux marchés de fonctionner librement.
En Europe c’est encore partiellement le cas, mais aux Etats-Unis, durant ces 30 dernières années cela a été l’opposé. La politique du gouvernement a été étudiée pour accroître l’inégalité de manière très intense. Les impôts par exemple, ils ont été nettement réduits pour les plus riches mais soutenus pour les autres, cela, bien sur, est l’exact opposé de ce que devrait être une politique fiscale et cela est en partie la raison pour laquelle la richesse a été si lourdement concentrée sur les 1%, ou encore moins, de la population. Les politiques ainsi mises en place sont conçues à cet effet.
Et il existe en quelque sorte un cycle qui s’auto-renforce, plus la richesse est concentrée plus important devient le pouvoir politique de cette minuscule fraction de la population, qui utilise ce pouvoir pour encore plus accroître sa propre richesse, c’est donc la crise aux Etats-Unis et elle s’étend ailleurs.

Entretien réalisé par Fayçal Anseur
Entretien en anglais

Algeri-Focus.com : What is your analysis of the current financial crisis and what consequences could it have on the world?
Do you think we could expect armed conflicts like 2nd world war followed the 1929 crack ?
Noam Chomsky : I don’t think that there is much prospect of anything like 2nd World War for one thing. There is one super power with overwhelming military force and no competitor, but that’s not likely. The financial crisis was real the sources are pretty well understood they trace back to the significant economic shift that was undertaken in the US and Britain and major powers back in the 1970’s. At that time, the financial institutions – I’ll keep with the US, but it was similar elsewhere – were regulated under the New Deal regulations. There hadn’t been a financial crisis for the preceding years which were the years of greatest economic growth in American history in the 1950’s, 60’s and 70’s no crisis.
The financial institutions were there but they were pursuing the function of such institutions. They have a function in the capitalist society: they are supposed to take unused assets like bank accounts and turned them to productive investments, and that’s pretty much what they were doing.
Well that changed substantially in the 1970’s the financial institutions exploded in power. There was a huge increase in flows of speculative capital, then there were a few percent of corporate profits, by now maybe a third of corporate profits, and they turned away from the traditional constructive function in a capitalist society. They began to turn to the risk tube, essentially financial games, playing with money, risky investments, complicated exotic financial instruments and there’s been crisis after crisis ever since. Several during the Reagan years; in fact Reagan left office in 1988 with leaving a major financial crisis to be dealt with, the worst one since the great depression, on savings and loans.
The deregulation mania continued during the Clinton years under the dominant influence of the financial institutions by then their increased role in the economy also meant increased political power. The Clinton years ended with another crash in the tech bubble. It got worse under the George W. Bush years which led finally to the great financial crisis. Each time, the problems remain the same and the basis is laid for the next crisis. There is very limited regulation which is almost a guarantee of crisis. What limited regulation there is by law is manipulated by huge army of lobbyists, so nothing applies. It’s inherent in a market system that transactions don’t take account of what’s called the systemic risk. So, for example, if at Goldman Sachs they take into account their own risk but they don’t’ take into account the risk of breakdown of the whole system if something goes wrong. It’s called, in economic jargon, externality, which you don’t pay attention to.
Well that alone is a guarantee of crisis and that’s increased by very perverse incentives. One of them is a government insurance policy, it’s called “too big to fail”. So if the major banks and investments firms make extremely risky transactions, and hence make a lot of profit, and then it goes bad, and crashes, and maybe bring all system down with it. They can be confident that the tax payer will move in and bill them out. Which is exactly what happened this time as in the earlier cases that’s called: too big to fail, to big to let them go.
That’s an insurance policy, one of many incidentally, which encourages highly risky and highly profitable behaviour. The public will pay for it if anything goes wrong, then why not doing it. That’s being reconstituted and this also laying the basis for the next financial crisis, probably worse than this one. That’s almost inevitable when a market system in the financial arena is allowed to function with extremely little regulation and with incentives to carry out risky and potentially damaging, but very profitable operations. That’s all expanded by the exotic financial instruments that have been developed; there are concept derivatives, insurance policies against lost, secure mortgages, which are a core part of this particular crisis. All that is reconstituted. So yes there will be another one!
By now the financial institutions are so powerful; they have overwhelming influence on the political system as well. One of the things that has happened in the past 30 years, dramatically in the US, but elsewhere too is, the government policy.
Traditionally government policy in the western state capitalist societies have had something of a tax policy another government policies have to some extent – a minimal extent – but some extent, compensated for the enormous inequality that develops if market systems are allowed to function freely.
In the Europe it is still partly the case but in the US, in the last 30 years it has been the opposite. The government policy has been designed to increase inequality very sharply. Take a look at taxes, they have been sharply reduced for the very wealthy but sustained for the rest that of course has the exact opposite of what a tax policy is supposed to be in a society. That’s much part of the reason why the wealth has been so heavily concentrated in the top 1% or even less of the population. Policies are designed to have that effect.
And there is a kind a self-reinforcing cycle the more wealth is concentrated the greater the political power of that tiny fraction of the population, who use that power to increase their wealth even more, that’s the crisis in the United States and it extent elsewhere.
Interview by Fayçal Anseur

Algerie:Crise financière et réserves de change de l’Algerie placées à l’étranger :

Monsieur Djoudi dites la vérité aux algériens

L’Algérie est fortement interpellée face à la situation mondiale actuelle étant donné que son économie est totalement rentière et extravertie et soumise aux chocs externes. Or malheureusement le Ministre des Finances, Karim Djoudi, a déclaré l’APS l 13 août 2011 que « les placements des réserves de change de l’Algérie à l’étranger sont sécurisés », tout en occultant les vrais problèmes inhérents aux impacts de la crise mondiale sur l’Algérie, ainsi les solutions pour y faire face. Cela contraste avec les déclarations du président de la Banque mondiale dans une interview publiée par l’hebdomadaire australien Weekend Australian le 13 aoüt 2011, qui affirme, je le cite : « nous sommes au début d’une tempête nouvelle et différente, ce n’est pas la même crise qu’en 2008 ».
1- Selon le président de la banque mondiale, Robert Zoellick, l’économie mondiale est entrée dans une « phase nouvelle et plus dangereuse » et il reste très peu de marge de manœuvre aux pays les plus développés. Le problème de la dette des pays européens est selon lui plus inquiétant dans l’immédiat que les conséquences « à moyen et long terme » de la baisse de la note de la dette américaine, qui a provoqué la panique des marchés.
Avec la Grèce et le Portugal assommés par leurs dettes, c’est non seulement l’économie de la zone euro qui est menacée, mais aussi l’existence même de la monnaie européenne. Les investisseurs commencent selon lui à se demander combien de temps l’Allemagne et la France vont pouvoir continuer à soutenir les pays menacés, sans se mettre eux-mêmes en danger de voir leur note diminuer à son tour.
Pour la Chine confrontée à ses propres problèmes, il ne faudrait pas compter uniquement sur elle pour relancer l’économie mondiale. Aussi, je pense que malgré que la Standard & Poor’s a dégradé le 05 août 2011 la dette souveraine américaine qui est passée de triple AAA à AA, les pays qui seront les plus touchés en cas de récession longue e l’économie mondiale seront les pays européens et certains pays émergents qui dépendent de leurs exportations tant des USA que de l’Europe, avant les Etats-Unis d’Amérique.
Pour les pays de la zone euro, des rumeurs, qui ont affolé les bourses mondiales, ont couru sur la dégradation de la note française. Le cas de l’Italie et de l’Espagne, pour ne pas citer la grande Bretagne dont la monnaie est autonome, est alarmant. C’est que les thérapeutiques conjoncturelles tant américaines qu’européennes, après la crise irlandaise et grecque, ne se sont pas attaquées à l’essence du mal qui ronge le corps social mondial. Il fallait donc s’attendre à des turbulences cycliques au niveau des bourses mondiales avec des tensions plus fortes pour les années à venir. La suprématie de la sphère financière sur la sphère réelle, les distorsions entre les salaires et les profits spéculatifs en sont la raison principale nécessitant un renversement de tendance pour relancer la sphère réelle. Car le vrai débat c’est de repenser le fonctionnement du système économique mondial par une nouvelle gouvernance mondiale(2).
2- Face à cette situation, pour le Ministre des Finances algérien, les placements des réserves de change de l’Algérie à l’étranger sont sécurisés (dans la mesure que leur capital est garanti) et couverts contre les risques de change et que le gouvernement peut les retirer à tout moment. Le taux d’intérêt serait de 3%, ce qui couvrirait l’inflation actuelle. Quant à la structure des placements, le Ministre s’est borné à indiquer que l’Etat algérien a choisi d’en placer une partie comme des valeurs d’Etat sur des risques souverains, dont le risque est très limité (reconnaissant au passage qu’il y a risque) et que l’Algérie avait trois choix à faire pour gérer ses réserves de change.
Premièrement : aller sur des actifs financiers privés caractérisés par un couple risque/rendement « très important », mais « avec un choix spéculatif”.
Deuxièmement : déposer son argent dans des banques, qui ne sont pas à l’abri du risque de faillite.

Troisièmement : 
déposer ses réserves (de change) en valeurs d’Etat, ce qui est le choix de l’Algérie.
Quant à la répartition par monnaies, le Ministre, sans aller dans le détail, précise qu’il ya eu répartition équitable des réserves en dollars et en euros.
Que penser de ces déclarations tardives face à une crise mondiale ?
Je ferai plusieurs remarques, reprenant certaines d’entre elles parues dans la presse algérienne et internationale. Fait surprenant, le Ministre des Finances indique qu’à la fin 2010 les réserves de changes de l’Algérie étaient de 160 milliards de dollars alors que dans le bulletin numéro 13 en date de juillet 2011 de la banque d’Algérie, le montant des réserves est évaluée à 162 milliards de dollars y compris les réserves d’or : il faut être précis, car il existe une différence de 2 milliards de dollars.
La presse financière internationale a évalué les réserves de change de l’Algérie à 173,63 milliards de dollars fin juillet 2011, soit une différence de plus de 13 milliards de dollars. Par ailleurs si pour la dette intérieure le montant est identique, évalué à 480 millions de dollars, il n’en est pas de même de la dette extérieure (principale et intérêts), puisque le gouverneur de la banque d’Algérie annonçait 3,9 milliards de dollars devant l’APN fin 2010, alors que le Ministre des finances annonce 5,2 milliards de dollars. Pourquoi cette différence de 1,3 milliard de dollars et l’Algérie s’est–elle endettée entre temps ?
Il faut pour la crédibilité de l’Algérie, parler d’une seule voix et synchroniser les données du Ministère des Finances et celles de la banque d’Algérie. Les données internationales sont–elles vérifiées ou fausses ? Le Ministre des Finances n’a pas répondu. Il ne suffit pas d’affirmer une vérité élémentaire de l’économie publique, que les réserves de change ne sont qu’une contrepartie de la masse monétaire, transformée en dinars, qu’une partie est destinée à la fiscalité d’Etat afin de couvrir les projets d’équipements publics, les dépenses de fonctionnement et les transferts sociaux, alors que l’autre partie est déposée dans les banques.
Comme il existe une confusion entre les réserves de change et le fonds de régulation des recettes qui traduit la différence entre le prix réel du marché des hydrocarbures moyenne annuelle et la fourchettes des 37 dollars fixée par la loi des finances, fonds évalué en dinars.
Tout dérapage du dinar par rapport au dollar, monnaie de référence pour les hydrocarbures, augmente artificiellement le fonds de régulation des recettes et la fiscalité pétrolière.
Par ailleurs, affirmer que toute la dépense qui va à la collectivité nationale, entreprises et ménages, résulte de la transformation des réserves de change en dinars et dont 40 milliards de dollars vont annuellement aux importations, omet d’inclure les services. Le document de référence étant, non la balance commerciale, mais la balance de paiement, qui inclut les mouvements de capitaux, dont les services, dépassant 11 milliards de dollars (moyenne annuelle 2009/2011) ce qui porte le montant de la dépense à plus de 51 milliards de dollars. Il y a lieu de raisonner en termes de flux et non de stock, du fait que Sonatrach engrange des entrées en devises annuellement qui hors dépenses s’ajoutent au stock. Par ailleurs, le Ministre des finances n’a pas abordé les impacts de la loi de finances complémentaire 2011 certes établie sur la base du marché à 37 dollars le baril de pétrole (pour un taux de change à 74 dinars pour 1 dollar), le déficit budgétaire évalué à 33,9% du produit intérieur brut, (4693 milliards de dinars, 63 milliards de dollars) bien que ramené au cours réel, serait d’environ 10%. Ce déficit, selon les prévisions de la loi de finances 2012, serait supérieur à 34% toujours au cours plancher de 37 dollars et 11% selon le cours prévisionnel du marché. Or, le Fonds de régulation des recettes (FRR), est évalué à 4842,8 milliards à janvier 2011. Le ministre des finances fait un pari hasardeux sur un cours du pétrole supérieur à 100 dollars le baril à prix constants, seuil minimum pour continuer dans l’actuelle dépense publique et comprimer artificiellement l’inflation par des subventions. Ces propos contredisent l’ABC des fondements de l’économie publique qui a ses propres lois applicables à tous les pays sans exceptions, un pays ne pouvant distribuer que ce qu’il a préalablement produit au risque d’un suicide collectif et d’une déflagration sociale à terme.
3.-Concernant le problème des réserves de change, produit de la rente des hydrocarbures et non du travail et de l’intelligence. Assistant paradoxalement au frein des réformes lorsque le cours s’élève, par la généralisation de l’assistanat, c’est l’arbitrage entre quatre variantes pouvant être combinée, qui pourrait solutionner le problème mais cela suppose une vision stratégique et non des tâtonnements au gré de la conjoncture.
Premièrement : doit–on laisser les réserves d’hydrocarbures sous le sol pour les générations futures, ayant des capacités d’absorbation internes faibles, ou doit-on limiter l’extraction en fonction du rythme d’exportation, de la consommation intérieure, du prix international et des couts qui déterminent la durée de vie des réserves ?
Deuxièmement : en plaçant les réserves dans des valeurs refuges comme l’or, dont le cours a augmenté de plus de 500% en dix 10 ans, ou en prennant le risque d’acheter des actions dévalorisées en attendant la remontée des cours, ne définit-on pas le véritable manager comme celui qui prend des risques dans un monde de plus en plus turbulent et incertain ?
Troisièmement : réaliser des placements à l’étranger avec des rendements positifs qui dépendent du niveau d’inflation, des taux d’intérêts, des cotations notamment du couple dollar/euro.
Quatrièmement : je pense que la solution la plus souhaitable est l’utilisation à des fins de développement, de la ressource humaine – ressource bien plus importante que toutes les ressources en hydrocarbures – et la valorisation de l’entreprise concurrentielle. Les infrastructures qui absorbent actuellement 70% de la dépense publique (480 milliards de dollars entre 2004/2013) n’étant qu’un moyen.
D’autres questions stratégiques n’ont pas été abordées ou très superficiellement par le Ministre des Finances.
Quelle sommes sont placées à l’étranger ? 80% comme l’affirmé le même Ministre des Finances devant les députés courant 2010 ?
Dans quelles monnaies : dollars, euros, yen, livres sterling ? 45% en dollars, 45% en euros, 5% en livres sterling, 5% en yen, selon certaines sources. Ou 80% en dollars selon d’autres sources, sachant que 98% des exportations en devises (économie de rente) se font en dollars important 75% des besoins des ménages et des entreprises, dont 60% se font en euros ?
Et dans quelles proportions, entre bons de trésor américains, dans quelles banques centrales européennes, asiatiques, dans des banques internationales privéess dites AAA, dont certaines ont été décotées ? Pour les rendements futurs des bons de trésor, ils seront largement tributaires de la stratégie chinoise et japonaise, principaux créanciers des USA, qui sur 3400 milliards de dollars de réserves de change en 2011, à 1150 milliards placées en bons de trésor américains et les japonais 1000 milliards de dollars, qui eux aussi dépendent de l’évolution de l’économie américaine pour leurs exportations
A quel taux d’intérêt et donc à quel rendement, tenant compte du taux d’inflation mondial et des taux directeurs qui sont depuis 2009/2010, pour la FED ente 0-0,25%, relèvement de la BCE de 1,5% depuis avril 2011, ceux de la banque d’Angleterre 0,5% ainsi que celui du Japon qui tend vers zéro ? Affirmer que le taux est de 3% suppose un placement à moyen terme et non à court terme ?
Quelles sont les réserves d’or, le FMI l’estimant à 173,6 tonnes à fin 2009. Pour une valeur d’environ 6,07 milliards de dollars au cours de 2009, soit 4,3% des réserves de change ? Ce montant a-t-il été augmenté depuis, soit par d’autres achats ou par la production aurifère de Tamanrasset ? Dans ce cas, bien que le calcul des banques centrales concernant l’or se base au cours de l’achat du moment dans leurs bilans, se pose la question de la réactualisation du cours en moyenne annuelle et de la production aurifère algérienne entre le 01 janvier 2010 et juillet 2011 pour laquelle nous aurions un gain net de 3 milliards de dollars soit plus de 9 milliards de dollars, sous réserve qu’il n’ait pas eu vente.
D’une manière générale, si le stock, en principe, et à moins d’une faillite généralisée de toute l’économie mondiale ou d’une grave crise politique en Algérie, qui entrainerait le gel des avoirs algériens à l’étranger, est garanti par les Etats. Cela pose le problème des rendements. En effet, le taux d’intérêt étant de plus en plus élevé si les placements se font à moyen et long terme afin de couvrir le taux d’inflation mondial. Encore que se pose la décision récente pour des USA de laisser le plafond du taux d’escompte inchangé jusqu’en 2013, mais pas d’affolement puisque la Chine et le Japon et d’autres pays créanciers, bien qu’inquiets, n’ont pas décidé d’un retrait. Le placement à court terme avec les taux directeurs des banques centrales américaines et européennes presque négatif ne sont pas rentables. Pour ceux à moyen terme, le retrait avant terme entrainerait une perte pour l’Algérie du fait de la décote sur le marché libre et il est actuellement préférable d’attendre le terme, et coordonner notre action avec d’autres pays créanciers, tant des Etats Unis d’Amérique que de l’Europe, car un montant important des réserves de change de l’Algérie est placé au niveau de cette zone. Enfin, se pose le problème pour les placements des avoirs algériens dans des banques privées dites AAA qui ont été décotées. En cas de difficultés bancaires, si elles ne sont pas soutenues par leurs Etats, il y aura perte sèche pour l’Algérie. Comme on le constate, le problème est complexe et un grand débat national s’impose. On ne joue pas avec la monnaie, rapport social traduisant la confiance ou la méfiance Etat/citoyens. Mais, le vrai débat qui dépasse largement l’aspect monétaire, est celui de la transformation de cette richesse virtuelle en richesse réelle et relancer la sphère réelle afin de créer des emplois créateurs de valeur ajoutée afin de diminuer les tensions sociales. Et ce, afin de réaliser la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales renvoyant à l’approfondissement de la réforme globale et à une meilleure gouvernance. Sur ce point, débat essentiel et stratégique pour le devenir de l’Algérie, le Ministre des finances a été absent.

Professeur Dr Abderrahmane MEBTOUL, économiste

vendredi 12 août 2011

Algerie:Rencontre avec Abderahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la Banque centrale d’Algérie


"Il ne faut pas croire que nos réserves de change ont une grande valeur"
« C'est la rente qui a tué en nous l'organisation de la société, c'est elle qui a tué en nous les capacités de réflexion et toute capacité d'accumulation ». Pour Abderahmane Hadj Nacer, le pétrole est une malédiction qui frappe l’Algérie au lieu d’être un avantage, un bienfait ou une protection. L’ancien gouverneur de la Banque centrale d’Algérie était vendredi soir l’invité du quotidien Algérie News qui a organisé une rencontre sur son premier livre La Martingale Algérienne, en librairie depuis fin juillet dernier.

Pour M. Hadj Nacer, à chaque flambée des prix du pétrole, l’Algérie met un frein aux réformes économiques. Il cite des exemples. « Nous avions de bons objectifs jusqu'en 1973, on a basculé après parce que le prix du pétrole a quadruplé. Quand on a eu beaucoup d'argent, on a demandé à ceux qui pensaient de ne plus le faire et on a retardé ainsi le développement du pays », a‑t‑il expliqué, estimant que l'Algérie d’aujourd’hui manque de vision économique claire. « On importe tout, absolument tout sauf les légumes, et encore, parfois on en importe », a‑t‑il déploré. C'est pour cela que l'Algérie va subir la crise financière de plein fouet, avertit‑il. « Parce qu'on n'est pas acteur. Pour pouvoir l'être, il faut une construction institutionnelle avec une légitimité populaire. Ce qui signifie une forme de démocratie », a plaidé M. Hadj Nacer.

Questionné sur les risques encourus par les placements algériens en bons du Trésor américain en pleine crise économique mondiale, M. Hadj Nacer affirme qu'« il ne faut pas croire que nos réserves de change ont une grande valeur ». « Personnellement, j'aurais bien aimé les garder sous terre, on a une règle de base en Algérie. La gestion des puits doit obéir à la longévité la plus maximale de nos capacités de production. Plus on extrait, moins le puits produira. Et je trouve qu'on a surexploité des puits sans raison pour accumuler des encaisses oisives qui sont sans intérêt puisqu'elles ne correspondent pas à une logique d'accumulation industrielle ou capitalistique », explique l'intervenant.

Pour l’ancien gouverneur de la Banque centrale, la détention d'actifs réels, à l'image de l'or, est plus importante que la détention d'argent. « Le monde part trop vite pour espérer le rattraper avec la mécanique de l'enseignement. L'accumulation des actifs permet justement de gagner du temps. Acheter des actifs, c'est acheter du temps », a‑t‑il poursuivi. Dans ce sens, il a donné l'exemple des négociations du gouvernement avec Renault qu'il qualifie de « honteuses ». « Renault nous propose de faire de l'emboutissage. Pourquoi n'avoir pas acheté Volvo qui était en vente ou n'avoir pas fait un accord avec elle ? Pourquoi être dans cette concurrence stupide avec le Maroc ? », s'est‑il interrogé en soulignant la nécessité de réfléchir actuellement à une vraie politique industrielle.

Algerie: Salah Mouhoubi. Economiste, ancien conseiller à la Présidence et membre du CNES



"Le gouvernement doit maîtriser ses chiffres"



L’économiste appelle les pouvoirs publics à revoir leur copie concernant la création de 1 million d’emplois et à mieux maîtriser leurs chiffres. Il rassure par ailleurs que les réserves de changes sont entièrement sécurisées en dépit de la crise boursière mondiale.

- Depuis la dégradation, la semaine dernière,  de la note souveraine de la dette des Etats-Unis, les marchés financiers s’affolent et les pertes sont estimées à des milliards de dollars. Quel risque y a-t-il pour l’ensemble de l’économie mondiale, d’autant que le spectre d’un autre krach plane toujours ?


Cette crise boursière n’est pas spontanée et plusieurs facteurs l’expliquent. Le monde ne s’est d’abord pas remis de la crise financière de 2006-2007 et dans le sillage de cette crise, le monde a vécu une récession économique. Ces deux aspects ont contribué à l’aggravation des déficits publics aux Etats-Unis et à la zone euro. Tous les pays se sont endettés pour faire face à cette crise, et dans la mesure où la croissance économique n’était pas au rendez-vous, leurs endettements se sont aggravés. Un autre paramètre explique la crise actuelle : tout l’Occident vit au-dessus de ses moyens. C’est une crise très profonde et structurelle  qui risque d’avoir un impact négatif sur le monde, particulièrement sur les pays en voie de développement. Ce qui est grave, selon les perspectives d’observateurs très attentifs, c’est la crainte d’une récession économique mondiale. Il y a effectivement risque qu’il y ait une contraction de la demande d’énergie et de matière première, puisque la machine de production tournera au ralenti. Cela se répercutera sur les revenus des pays en voie de développement. Dans le cas particulier des pays producteurs de pétrole, si la demande se contracte, nous allons avoir un fléchissement des prix du baril, sauf si l’OPEP prend des décisions drastiques de réduire considérablement l’offre.  


- Les Etats-Unis sont la locomotive de l’économie mondiale, mais leur dette se chiffre à plus de 14 000 milliards de dollars. N’ y a-t-il pas contradiction ?


Ce pays-là vit au-dessus de ses moyens et développe une politique d’endettement tant sur le plan national qu’international. Il y a aussi l’endettement des ménages américains, cela explique leurs revenus qui demeurent modestes. Au lieu de procéder à des augmentations salariales, les Etats-Unis poussent les ménages à s’endetter. Or, si on augmentait les salaires, ce sont les compétitivités internationales des Etats-Unis qui seront remises en cause. Je dois dire également que la situation des Etats-Unis est permise par le statut particulier du dollar qui leur donne des privilèges. D’ailleurs, la Chine non seulement dénonce cette politique, mais exige aussi la création d’une monnaie internationale pour remplacer le dollar. Et si cette exigence venait à s’appliquer, ce serait une révolution et la Chine aura créé l’aube d’une nouvelle génération. Pour le moment, cela ne sera pas aussi facile pour passer à l’acte. Et si les Etats-Unis viennent à accepter cette nouvelle demande, ce serait une remise en cause de leur leadership. 

- La question qui taraude l’esprit des Agériens est le devenir des réserves de changes placés aux Etats-Unis. Ces placements sont-ils réellement sécurisés ou bien y a-t-il un risque de subir des pertes ?


D’abord je tiens à préciser que nos réserves de changes sont sécurisées. Elles sont placées dans des grandes banques internationales et aucune d’elles ne peut disparaître aussi facilement. Sauf que les taux d’intérêt sont très faibles et c’est le monde entier qui subit cet état de fait. Aujourd’hui, nous pouvons nous interroger sur une partie des réserves de changes sous forme de bons du Trésor américain. Je ne pense pas que cela pose problème pour le moment. Et si l’Algérie venait à demander son remboursement, elle en obtiendrait facilement l’accord. Mais je dois préciser que ce n’est pas dans l’intérêt de notre pays de le faire, il faut attendre et laisser les choses se faire naturellement.    


- Quel serait le meilleur moyen de faire fructifier nos réserves de changes ? Un fonds souverain ne serait-il pas
intéressant ?


Il faut que l’Algérie utilise ses revenus en devises pour assurer son développement. L’existence de réserves de changes répond à plusieurs objectifs. Il est considéré comme matelas de sécurité du pays à la couverture commerciale du dinar. Nous ne pouvons pas changer cette donne d’une manière brutale. La création d’un fonds souverain n’est pas pertinente dans la conjoncture actuelle. La situation boursière montre le contraire. C’est un pari très risqué pour l’Algérie de s’engager sur cette voie. Même si c’est une manière de diversifier sa devise, mais s’il y a un coup dur, nous perdons tout. Je pense que les meilleurs investissements à faire sont chez nous.          


- Notre économie est toujours dépendante des hydrocarbures à plus de 98%. Les prix, qui ont franchi depuis plus d’une année la barre des 100 dollars, pourraient-ils être maintenus dans la conjointure actuelle ?


 Absolument non. C’est un thème récurrent. La diversification de notre économie ne date pas d’aujourd’hui, mais depuis les premières années de l’indépendance. Le président Boumediène appelait sans cesse à l’adoption d’une politique où nous semons du pétrole pour récolter des usines. Malheureusement, nous avons semé beaucoup de pétrole pour ne rien récolter. Sans pétrole, l’Algérie… Il faut s’attendre à des résultats dramatiques. Ce constat est fait depuis de longues années, mais nous n’avons pas l’impression de l’existence d’une véritable stratégie pour réaliser un tel objectif.        


- Les différents plans engagés par le gouvernement pour diversifier l’économie nationale n’ont pas donné les résultats escomptés. Où se situent justement les failles ?


Nous n’avons jamais terminé un programme de développement depuis l’indépendance. Tout est resté inachevé. Chaque équipe qui vient efface tout et recommence. Nous avons connu la crise de l’endettement qui a fait reculer le développement, puis la décennie noire, et actuellement, nous marchons sur une seule jambe en matière de développement. C’est-à-dire nous construisons des infrastructures, mais nous n’avons pas réussi à construire une économie productive. Cela veut dire qu’il faut changer de stratégie. Il faut en effet penser à instaurer la transparence, rendre l’acte d’investir libre, lutter contre la corruption et le gaspillage et surtout encourager les IDE (investissements directs étrangers). Sans les IDE, l’Algérie ne peut pas concevoir une économie. A cela s’ajoute une autre donnée : il faut que l’Algérie arrive à une économie sans subvention. Ceux qui activent dans le marché informel ne payent ni cotisation ni impôt, mais bénéficient de services publics gratuitement au même titre que ceux qui payent régulièrement. C’est injuste et c’est du gaspillage… Cette subvention est antiéconomique, elle se fait sans aucune contrepartie. Il faut engager immédiatement une réflexion sur la manière de mettre fin à ces subventions tous azimuts. C’est un véritable massacre. Il faut également se doter d’une feuille de route pour supprimer toutes ces subventions. Mois je propose qu’on ouvre un débat national, car il ne faudrait pas que cette mesure soit instrumentalisée et utilisée à des fins politiques. Cette suppression de subvention permettra de faire reculer le marché parallèle et incitera les Algériens à travailler et de ne plus compter sur cette vache à lait. Or,  nous ne pouvons pas acheter la paix sociale avec ce type de politique, car un jour nous aurons certainement un retournement de situation où les moyens financiers ne permettront plus le «gaspillage».


- Des chiffres ont été annoncés sur la création des postes d’emploi et la distribution de logements, selon le gouvernement. Beaucoup d’économistes ont affiché leur doute par rapport à leur crédibilité…   


Je n’ai jamais vu dans les pays développés un million d’emplois créés en moins d’une année. Cela relève du miracle économique. Je me pose la question si les pouvoirs publics, lorsqu’ils ont annoncé ces chiffres, ne se sont pas trompés ! En ma qualité d’économiste, je me pose la question sur leur crédibilité. Ils auraient dû dire que sur la période 2010-2014, nous allons créer  3 millions d’emplois, et dans ce même cadre et jusqu’à présent, 1 million d’emplois ont été créés. A ce moment-là, les chiffres peuvent être crédibles. Car tels qu’annoncés, il est difficile d’y croire, surtout que l’appareil productif est en panne. Le seul secteur où l’emploi est créé est le secteur des services de BTPH. Le gouvernement se doit de clarifier ce point, car il y va de la crédibilité du pays. Les pouvoirs publics doivent revoir leur copie et maîtriser leurs chiffres. Nous manquons totalement de vision économique dans notre pays.